Le compromis est signé, la banque a donné son accord et l'acte de vente du restaurant est prêt. Le vendeur s'attend à recevoir son prix le jour de la signature ; l'acheteur, lui, découvre que l'avocat va le garder plusieurs semaines. Ce décalage a un nom : le séquestre de la vente d'un fonds de commerce. Il n'a rien d'une méfiance particulière envers le vendeur ; il protège l'acheteur contre des dettes qui ne sont pas les siennes et qu'il pourrait pourtant être contraint de payer.
Cet article explique pourquoi le prix est bloqué, combien de temps, ce que peuvent faire les créanciers par voie d'opposition, ce que recouvre la solidarité fiscale de l'acheteur et comment le séquestre répartit les fonds. Il aide le vendeur comme l'acheteur à bâtir un calendrier de trésorerie réaliste autour de la cession.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré est fictif.
Parce que l'acheteur qui paie le vendeur trop tôt n'est pas libéré à l'égard des créanciers de ce dernier. Le séquestre garde le prix le temps que les créanciers se manifestent et que les risques fiscaux s'éteignent, puis le répartit.
L'article L. 141-17 du Code de commerce est direct : l'acquéreur qui paie le vendeur sans avoir accompli les publications, ou avant l'expiration du délai d'opposition, n'est pas libéré à l'égard des tiers (articles L. 141-12 et suivants du Code de commerce). Autrement dit, un créancier oublié peut obtenir de l'acheteur qu'il paie une seconde fois. Le séquestre transforme ce risque juridique en délai de trésorerie.
En pratique, le prix est confié à un séquestre juridique, le plus souvent l'avocat ou le notaire qui rédige l'acte, avec un dépôt auprès d'une banque, d'un établissement agréé ou de la Caisse des dépôts. Le séquestre reçoit les oppositions et les saisies. Selon Service Public Entreprendre, ses honoraires sont en principe à la charge de l'acquéreur, sauf répartition différente prévue dans l'acte (fiche sur la cession du fonds à un tiers).
Pour un vendeur qui compte sur ce prix pour rembourser un prêt ou financer un nouveau projet, ce délai doit être anticipé. Un expert-comptable pour restaurant à Lyon l'intègre dès la négociation dans le plan de trésorerie de la cession.
Tout part de la publicité de la vente : une annonce légale dans les quinze jours de l'acte, puis un avis au Bodacc. Ce sont ces publications qui ouvrent le délai d'opposition des créanciers.
L'article L. 141-12 du Code de commerce impose de publier la vente dans la quinzaine de sa date, à la diligence de l'acquéreur, dans un support d'annonces légales du département où le fonds est exploité et au Bodacc. Service Public précise que l'acquéreur doit saisir le greffe dans les trois jours suivant l'annonce légale pour que l'avis soit publié au Bodacc. L'extrait doit notamment indiquer la date de l'acte, les parties, la nature et le siège du fonds, le prix, le délai d'opposition et une élection de domicile.
Un acte sous seing privé doit être enregistré avant la publication, sous peine de nullité de celle-ci ; un acte authentique peut être publié avant son enregistrement. Chaque jour de retard sur les formalités repousse d'autant la date à laquelle le vendeur touchera son prix. Le détail des formalités est présenté dans l'article sur la cession de fonds de commerce et ses formalités.
Pendant les dix jours qui suivent la dernière publication, tout créancier du vendeur peut former opposition au paiement du prix. L'opposition bloque la somme correspondante entre les mains du séquestre jusqu'à ce que la créance soit réglée ou contestée.
L'article L. 141-14 du Code de commerce ouvre l'opposition à tout créancier du précédent propriétaire, que sa créance soit exigible ou non. L'opposition doit énoncer le montant et les causes de la créance, à peine de nullité. Elle se fait par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec avis de réception, au domicile élu. Les fournisseurs, les organismes sociaux, l'administration fiscale ou un prêteur non inscrit sont les opposants les plus fréquents.
Le bailleur ne peut pas former opposition pour les loyers en cours ou à échoir. Pour les arriérés, il est un créancier comme un autre. Les règles du bail en cas de cession sont abordées dans l'article sur le renouvellement du bail commercial.
Les créanciers qui ont pris une inscription sur le fonds, comme la banque titulaire d'un nantissement ou le vendeur précédent titulaire d'un privilège, n'ont pas besoin de faire opposition : leurs droits sont publiés au greffe et ils sont payés sur le prix selon leur rang. Le mécanisme est détaillé dans l'article sur le nantissement du fonds de commerce.
Après les dix jours, le vendeur peut demander au juge des référés l'autorisation de toucher son prix malgré l'opposition, en consignant une somme fixée par le juge (article L. 141-15). Si l'opposition est faite sans titre ni cause, ou nulle en la forme, et qu'aucune instance au fond n'est engagée, la même autorisation peut être obtenue en référé (article L. 141-16).
C'est l'obligation pour l'acquéreur de répondre, jusqu'à concurrence du prix, de certains impôts dus par le vendeur sur les bénéfices réalisés jusqu'à la cession. C'est pour couvrir ce risque que le séquestre conserve le prix au-delà du délai d'opposition.
Selon Service Public Entreprendre, l'acquéreur d'un fonds de commerce peut être tenu, avec le vendeur, de l'impôt sur le revenu dû sur les bénéfices réalisés jusqu'à la cession et de la taxe d'apprentissage, dans la limite du prix de cession. Ce régime s'applique à toutes les cessions de fonds, à titre onéreux comme à titre gratuit.
La solidarité joue pendant 90 jours à compter du dépôt de la déclaration de résultat du vendeur. Ce délai est ramené à 30 jours lorsque trois conditions sont réunies : l'avis de cession est adressé à l'administration dans les 45 jours de l'annonce légale, la déclaration de résultat est déposée dans les 60 jours de cette annonce, et le vendeur est à jour de ses obligations déclaratives et de paiement au dernier jour du mois précédant la cession. Les délais de 45 et 60 jours découlent de l'article 201 du Code général des impôts.
Un vendeur qui dépose ses déclarations fiscales dans les délais raccourcit directement la durée du séquestre. C'est l'un des rares leviers qu'il contrôle entièrement. La cession déclenche aussi l'imposition immédiate des bénéfices non encore taxés et, selon les cas, de la plus-value, sujet traité dans l'article sur la plus-value de cession d'un fonds de commerce.
Le séquestre doit répartir le prix dans les 105 jours qui suivent la date de l'acte de vente, délai prolongé de 60 jours si la déclaration fiscale du vendeur n'a pas été déposée dans son propre délai. En pratique, il faut donc raisonner en mois, pas en jours.
L'article L. 143-21 du Code de commerce impose au tiers détenteur du prix d'en faire la répartition dans un délai de cent cinq jours à compter de l'acte. À l'expiration de ce délai, la partie la plus diligente peut saisir le juge des référés, qui ordonne soit le dépôt des fonds à la Caisse des dépôts et consignations, soit la désignation d'un séquestre répartiteur. Ces règles s'appliquent aux cessions publiées depuis le 1er janvier 2016.
| Étape | Délai | Ce qui se passe pour le prix |
|---|---|---|
| Signature de l'acte | Jour J | Le prix est versé entre les mains du séquestre, pas au vendeur |
| Annonce légale | Dans les 15 jours de l'acte | Publication dans un support d'annonces légales du département, à la diligence de l'acquéreur |
| Avis au Bodacc | L'acquéreur saisit le greffe dans les 3 jours de l'annonce légale | Le greffe fait publier l'avis ; c'est le point de départ des oppositions |
| Oppositions des créanciers | 10 jours après la dernière publication | Le prix est indisponible ; payer le vendeur pendant ce délai n'est pas opposable aux créanciers |
| Déclarations fiscales du vendeur | 45 jours (avis de cession) et 60 jours (résultat) après l'annonce légale | Elles conditionnent la fin de la solidarité fiscale de l'acquéreur |
| Fin de la solidarité fiscale | 90 jours après le dépôt de la déclaration de résultat, ou 30 jours sous conditions | Le séquestre peut libérer le solde une fois ce risque éteint |
| Répartition du prix | 105 jours après l'acte, prolongés de 60 jours si la déclaration fiscale n'est pas déposée | Paiement des créanciers opposants, puis du vendeur ; à défaut, saisine du juge des référés |
Délais légaux de principe. L'acte de cession peut organiser la libération du prix plus finement, par exemple par tranches. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Textes et fiches consultés le 19 octobre 2026.
Le séquestre paie d'abord les créanciers inscrits et les opposants dont la créance est justifiée, puis verse le solde au vendeur. S'il n'y a ni opposition ni inscription, la totalité revient au vendeur une fois les délais expirés.
Un exploitant vend son fonds 300 000 euros. Le fonds est grevé d'un nantissement au profit de sa banque, pour un capital restant dû de 80 000 euros. Pendant le délai d'opposition, un fournisseur de boissons forme opposition pour 12 000 euros de factures impayées, et un organisme social pour 5 000 euros de cotisations. Le vendeur dépose ses déclarations fiscales dans les délais et remplit les conditions du délai réduit.
Le vendeur n'a pas « perdu » 97 000 euros : il a payé ses dettes avec son prix, ce qui était de toute façon dû. En revanche, s'il avait prévu de réinvestir 300 000 euros le lendemain de la signature, son projet suivant était mal financé. La valeur à attendre d'une cession se travaille en amont, comme l'explique l'article sur la façon de valoriser un restaurant.
Le vendeur a intérêt à arriver à la signature avec un passif connu et des déclarations prêtes ; l'acheteur, à ne jamais payer hors séquestre et à vérifier l'état des inscriptions. L'acte de cession peut organiser la libération du prix plus finement que la loi.
Ces vérifications figurent dans la checklist à passer avant de vendre son restaurant.
Les autres points d'attention d'un rachat sont détaillés dans l'article sur la façon de racheter un restaurant.
Le cabinet travaille avec l'avocat ou le notaire rédacteur de l'acte, sur la partie chiffrée de la cession : passif, déclarations fiscales, trésorerie et calendrier de libération du prix.
JUM Advisory établit l'état du passif de l'exploitation, prépare l'arrêté des comptes à la date de cession, dépose l'avis de cession et la déclaration de résultat dans les délais, estime l'imposition liée à la vente et construit un plan de trésorerie qui tient compte du temps de séquestre.
Le cabinet analyse les comptes du cédant, vérifie la cohérence entre le prix et la rentabilité, monte le plan de financement et le dossier bancaire, puis organise la comptabilité du nouvel exploitant dès la prise de possession. L'ensemble de ces missions est présenté sur la page du cabinet d'expertise comptable spécialisé en restauration à Lyon et, plus largement, sur celle de l'accompagnement comptable des CHR. Pour préparer votre cession, contactez JUM Advisory.
Le séquestre n'est pas une option : c'est la condition pour que l'acheteur paie une seule fois et que le vendeur reçoive un prix net de ses dettes. Ce qui se négocie, c'est la préparation, qui en fixe la durée.