Le pourboire imposable ou non : la question revient à chaque fin de service, surtout depuis que les clients laissent leur pourboire par carte et que l'employeur doit le reverser. Pour le salarié, la réponse change le net. Pour l'employeur, elle change la paie, la DSN et le risque en cas de contrôle. La règle actuelle tient en une phrase : les pourboires volontaires sont exonérés de cotisations et d'impôt jusqu'au 31 décembre 2028, mais sous conditions.
Cet article vous permet de savoir quels pourboires sont défiscalisés, pour quels salariés, comment s'apprécie le plafond de 1,6 Smic, ce que l'employeur doit faire quand il collecte les pourboires et pourquoi le « service compris » n'a rien à voir avec ce régime.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré est fictif.
Non, s'il est remis volontairement par le client à un salarié en contact avec la clientèle dont la rémunération ne dépasse pas 1,6 Smic. Dans ce cas, il est exonéré d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales jusqu'au 31 décembre 2028. Hors de ces conditions, il redevient un revenu imposable et cotisé.
Le dispositif a été créé par l'article 5 de la loi de finances pour 2022 pour les pourboires de 2022 et 2023, puis prolongé à plusieurs reprises. La fin 2025 a été mouvementée : faute de budget voté à temps, la prolongation est passée par la loi de financement de la sécurité sociale pour le volet social, puis par l'article 5 de la loi de finances pour 2026 du 19 février 2026. Le Bofip a confirmé le 7 avril 2026 que l'exonération d'impôt est prorogée de trois ans, soit jusqu'au 31 décembre 2028, pour les pourboires remis en 2026, 2027 et 2028.
Selon Service Public Entreprendre, les pourboires concernés sont exonérés de CSG et de CRDS, des cotisations d'assurances sociales, d'allocations familiales et d'accidents du travail, de la contribution solidarité autonomie, de la taxe d'apprentissage, de la cotisation AGS, du Fnal, de la contribution au dialogue social, du versement mobilité et de la contribution à la formation professionnelle. Côté salarié, ils sont exonérés d'impôt sur le revenu. C'est l'une des rares exonérations qui portent à la fois sur les cotisations, la CSG et l'impôt : pour un expert-comptable spécialisé CHR, elle se paramètre avec soin dans le logiciel de paie.
Trois conditions cumulatives : un pourboire remis volontairement par le client, un bénéficiaire salarié en contact avec la clientèle, et une rémunération mensuelle qui ne dépasse pas 1,6 Smic. Si l'une manque, l'exonération tombe pour le mois concerné.
Le texte vise les sommes « remises volontairement » par les clients pour le service. Le client décide d'en laisser un, et de son montant. Un pourcentage de service imposé sur la note n'est pas un pourboire au sens de l'exonération, même s'il porte ce nom dans la salle.
Serveurs, barmans, chefs de rang, réceptionnistes, voituriers : le dispositif vise le personnel en contact avec la clientèle. La question se pose pour la cuisine et la plonge, qui ne sont pas au contact du client mais participent au service. Le partage des pourboires entre salle et cuisine est une décision d'organisation qui doit être écrite et appliquée de façon constante, et sa portée sur l'exonération se vérifie avant d'être mise en place. Les travailleurs indépendants sont exclus du dispositif.
Le Bofip précise que l'exonération bénéficie aux salariés dont la rémunération mensuelle n'excède pas 1,6 Smic au titre des mois concernés. Le seuil s'apprécie donc mois par mois, sur la rémunération du salarié hors pourboires. Service Public le chiffrait à 2 916,85 euros brut par mois en début d'année ; depuis la revalorisation du Smic au 1er juin 2026 (arrêté du 22 mai 2026), le calcul sur un Smic mensuel de 1 867,02 euros donne environ 2 987 euros brut pour un temps plein de 35 heures. Le traitement des heures supplémentaires, des temps partiels et des mois incomplets se paramètre dans la paie selon les règles Urssaf.
Rien sur le principe de l'exonération, qui couvre aussi les pourboires remis à l'employeur puis reversés au personnel. En revanche, le pourboire par carte fait passer l'argent par la caisse et les comptes de l'entreprise, ce qui crée des obligations pour l'employeur.
Le client laisse des espèces sur la table ou dans un tronc commun, et les salariés se les partagent. L'argent ne transite pas par l'entreprise. Il reste prudent de fixer par écrit les règles de partage du tronc, pour éviter les tensions et pour pouvoir répondre à une question lors d'un contrôle.
Quand le pourboire est payé par carte, il arrive sur le compte bancaire de l'établissement. L'article L3244-1 du Code du travail impose alors à l'employeur de reverser intégralement les sommes perçues pour le service au personnel en contact avec la clientèle. L'article L3244-2 précise que ces sommes s'ajoutent au salaire fixe, sauf lorsqu'un salaire minimum a été garanti. L'employeur n'est qu'un intermédiaire : il ne peut pas garder une partie des pourboires pour couvrir les frais bancaires ou compenser une casse.
Le Code du travail met à la charge de l'employeur la preuve de la perception et de la remise des pourboires. Concrètement, il faut isoler le pourboire dans la caisse, le suivre dans un compte d'attente, et pouvoir rapprocher les montants encaissés des montants reversés. Les écritures sont détaillées dans l'article sur la comptabilisation des pourboires.
| Situation | Cotisations et CSG-CRDS | Impôt sur le revenu du salarié |
|---|---|---|
| Pourboire volontaire, salarié en contact avec la clientèle, rémunération du mois ≤ 1,6 Smic | Exonéré | Exonéré |
| Pourboire volontaire, salarié dont la rémunération du mois dépasse 1,6 Smic | Soumis | Imposable |
| Pourboire versé par carte et reversé par l'employeur au personnel concerné | Même règle que le pourboire en espèces | Même règle que le pourboire en espèces |
| Service obligatoire ajouté à la note (pourcentage imposé au client) | Soumis : c'est un élément de salaire | Imposable |
| Pourboire perçu par un travailleur indépendant | Hors dispositif | Hors dispositif |
Le seuil de 1,6 Smic s'apprécie mois par mois sur la rémunération du salarié, hors pourboires. Sur la base du Smic mensuel de 35 heures en vigueur depuis le 1er juin 2026, il correspond à environ 2 987 euros brut. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Régime social et fiscal vérifié le 19 octobre 2026.
Parce que le service imposé au client fait partie du prix. Il entre dans le chiffre d'affaires soumis à TVA et, reversé au personnel, il constitue un élément de salaire soumis à cotisations et à l'impôt.
Le Bofip indique que lorsque le service est incorporé aux prix ou facturé à part, la base de TVA est constituée par la recette totale. À l'inverse, les gratifications que les clients versent spontanément, en plus d'un prix service compris, ne sont pas à comprendre dans le chiffre d'affaires taxable, à condition qu'elles ne jouent pas le rôle de salaire. Le guide sur la TVA en restauration rappelle les taux applicables aux ventes.
Le pourcentage de service reversé au personnel est une rémunération à part entière : il figure sur le bulletin, il est soumis à cotisations et il entre dans le calcul de la rémunération qui sert au seuil de 1,6 Smic. Confondre service et pourboire, c'est exonérer à tort une partie du salaire, et l'Urssaf le relève en contrôle.
Identifier les salariés éligibles chaque mois, isoler les pourboires collectés, les reverser intégralement, et les déclarer correctement dans la paie. C'est un travail de rigueur plus que de calcul.
Le logiciel de caisse doit distinguer le pourboire du prix du repas, pour que le pourboire ne soit pas compté dans le chiffre d'affaires ni soumis à TVA. En comptabilité, il passe par un compte de tiers, pas par un compte de produits. Le Z de caisse et le relevé du terminal de paiement servent de pièces justificatives. Le guide sur les terminaux de paiement pour restaurateurs aide à choisir un équipement qui gère correctement le pourboire.
Le pourboire reversé apparaît sur le bulletin. Chaque mois, il faut vérifier si la rémunération du salarié, hors pourboires, reste sous le seuil de 1,6 Smic. Si c'est le cas, le pourboire est exonéré ; sinon, il est soumis comme un salaire. Un salarié peut donc être exonéré en février et pas en juillet, s'il a fait beaucoup d'heures supplémentaires pendant la saison.
Une brasserie collecte par carte 600 euros de pourboires sur le mois d'octobre 2026 et les répartit entre trois serveurs, selon une clé écrite fondée sur les heures travaillées. Deux serveurs ont une rémunération brute hors pourboires d'environ 2 100 euros : leur part est exonérée. Le troisième, chef de rang avec de nombreuses heures supplémentaires, dépasse le seuil de 1,6 Smic ce mois-ci : sa part est soumise à cotisations et imposable. Les 600 euros n'entrent pas dans le chiffre d'affaires de la brasserie.
Un redressement de cotisations si des pourboires ont été exonérés à tort, et un litige prud'homal si les pourboires collectés n'ont pas été intégralement reversés. Les deux se découvrent souvent au même moment.
L'inspecteur rapproche les encaissements par carte, la caisse et la paie. Des pourboires collectés mais non déclarés, ou exonérés pour un salarié au-dessus du seuil, donnent lieu à réintégration dans l'assiette. Le déroulé d'une vérification est décrit dans l'article sur le contrôle Urssaf en restaurant.
Retenir des pourboires, même pour des raisons qui semblent légitimes, méconnaît l'article L3244-1 du Code du travail. Le Code du travail prévoit une amende contraventionnelle pour la violation de ces règles, sans préjudice des rappels réclamés par les salariés. La seule protection est une traçabilité complète, du terminal au bulletin.
Le cabinet paramètre la paie et la caisse pour que le pourboire soit isolé, reversé et déclaré correctement, mois par mois.
JUM Advisory vérifie chaque mois l'éligibilité des salariés au regard du seuil de 1,6 Smic, intègre les pourboires dans les bulletins, et rapproche les encaissements par carte des montants reversés. Le cabinet vous aide à rédiger une règle de répartition claire, et à l'appliquer sans exception.
Le dispositif est temporaire et a déjà changé plusieurs fois de calendrier. Le cabinet suit son évolution et met à jour vos paramètres. Pour découvrir l'expertise comptable restauration du cabinet, ou trouver un cabinet d'expertise comptable spécialisé en restauration à Lyon, consultez les pages dédiées, puis prenez rendez-vous.
Un pourboire volontaire, pour un salarié au contact du client payé jusqu'à 1,6 Smic, est exonéré de tout jusqu'à fin 2028. Le reste suit le régime du salaire.
Pour le reste de la paie, la grille des salaires en restaurant et l'article sur le Smic hôtelier 2026 complètent cette liste.