Depuis que les terminaux de paiement proposent d'ajouter un pourboire, la question arrive à chaque clôture mensuelle : où mettre ces sommes ? Elles arrivent sur le compte bancaire avec les encaissements carte, gonflent le relevé, et finissent dans la poche des équipes. La comptabilisation du pourboire paraît anodine. Une erreur peut pourtant faire payer de la TVA sur de l'argent qui n'est pas à vous, ou à l'inverse sortir du chiffre d'affaires des sommes qui en font partie.
Cet article explique comment comptabiliser un pourboire reçu en espèces et par carte, quand il entre ou non dans le chiffre d'affaires, comment le reverser aux salariés, et ce que prévoit l'exonération sociale et fiscale prolongée jusqu'en 2028. Il distingue aussi le pourboire du service compris, que beaucoup d'exploitants confondent.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré est fictif.
Le pourboire est une somme que le client donne volontairement, en plus du prix. Le service est un pourcentage ou un montant imposé, ajouté à la note ou inclus dans les prix. Les deux n'ont ni le même traitement comptable ni le même régime fiscal.
Dans les établissements où la pratique du pourboire existe, toutes les sommes perçues « pour le service » par l'employeur, et toutes celles remises volontairement par les clients pour le service, dès lors qu'elles sont entre les mains de l'employeur ou centralisées par lui, doivent être intégralement versées au personnel en contact avec la clientèle (article L. 3244-1 du Code du travail). Ces sommes s'ajoutent au salaire fixe, sauf si un salaire minimum a été garanti par l'employeur (article L. 3244-2).
Le Bofip emploie les termes « pourboire » et « service » indifféremment pour la majoration de prix imposée au client : ces « pourboires obligatoires » suivent le régime de TVA de la prestation à laquelle ils se rattachent. En revanche, les gratifications versées spontanément par les clients aux employés ne sont pas comprises dans le chiffre d'affaires taxable, à condition qu'elles ne jouent pas le rôle de salaire ou de complément de salaire (BOI-TVA-BASE-10-20-40-20, paragraphes 90 à 130).
Toute la comptabilisation découle de cette distinction : une recette de l'établissement d'un côté, une somme détenue pour le compte des salariés de l'autre. C'est l'un des premiers points que contrôle une mission d'expertise comptable en restauration lors de la reprise d'un dossier.
Tout dépend du circuit de l'argent. Si le client remet les espèces au serveur, rien ne passe par la comptabilité. Si l'établissement centralise les espèces dans un tronc commun, elles transitent par la caisse et doivent être suivies.
Le billet laissé sur la table et ramassé par le serveur ne fait pas partie de vos recettes. Il ne doit pas apparaître sur le Z de caisse ni dans le chiffre d'affaires. Le seul point de vigilance est de ne pas mélanger ces espèces avec le fond de caisse : une caisse qui présente un excédent inexpliqué attire l'attention en cas de contrôle, comme le rappelle l'article sur le contrôle fiscal en restauration.
Lorsque les pourboires sont réunis dans une boîte commune puis répartis, l'établissement les centralise au sens du Code du travail. Il les enregistre en caisse (compte 53) au débit et dans un compte de tiers au crédit, qui représente la dette envers le personnel. La répartition solde ce compte. Gardez une trace écrite du montant collecté et de la clé de répartition retenue, mois par mois.
Le pourboire ajouté sur le terminal est encaissé par l'établissement avec le paiement du repas. Il se sépare du chiffre d'affaires dès l'enregistrement, puis se reverse au personnel, en général par la paie.
Le logiciel de caisse doit isoler le pourboire de la vente. À la remise en banque, le compte 512 « Banques » est débité du total, les ventes et la TVA collectée (compte 44571) sont créditées pour la seule part qui correspond au repas, et le pourboire est crédité dans un compte de tiers. Le Plan comptable général ne prévoit pas de compte dédié : on utilise en pratique un sous-compte de 428 « Personnel, charges à payer » ou de 468 « Divers comptes créditeurs et charges à payer », intitulé par exemple « Pourboires à reverser » (Plan comptable général au 1er janvier 2026).
Le compte de tiers est débité lors de la paie, par le crédit du compte 421 « Personnel, rémunérations dues ». Le pourboire n'est donc jamais une charge pour l'établissement : il traverse les comptes sans toucher au résultat. Le Code du travail impose un reversement intégral, ce qui rend discutable toute retenue sur ces sommes, y compris pour couvrir la commission bancaire.
En fin de mois, le solde du compte de tiers doit correspondre aux pourboires encaissés et pas encore reversés. Un solde qui gonfle d'un mois sur l'autre signale un reversement oublié, ce qui expose l'employeur à une réclamation des salariés. Le choix du terminal et du logiciel joue ici : voir le guide sur les terminaux de paiement pour restaurateurs.
| Situation | Chiffre d'affaires et TVA | Écriture type | Social et paie |
|---|---|---|---|
| Pourboire en espèces remis directement au serveur | Hors chiffre d'affaires, pas de TVA | Aucune : l'argent ne passe pas par la caisse | Exonéré sous conditions (1,6 Smic) jusqu'à fin 2028 |
| Pourboire ajouté par le client au paiement par carte | Hors chiffre d'affaires s'il est spontané | Banque au débit, compte de tiers « pourboires à reverser » au crédit | Reversé intégralement au personnel en contact avec la clientèle, exonéré sous conditions |
| Pourboire en espèces centralisé dans un tronc commun | Hors chiffre d'affaires s'il est spontané | Caisse au débit, compte de tiers au crédit, puis solde lors de la répartition | Même régime que le pourboire par carte |
| Service compris ou pourcentage ajouté à la note | Inclus dans le chiffre d'affaires, TVA au taux de la prestation | Ventes au crédit pour le montant hors taxe, TVA collectée | Salaire soumis à cotisations, hors exonération des pourboires |
Repères de lecture : le compte de tiers est un compte de dette envers le personnel, soldé lors du reversement. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Synthèse des textes vérifiés le 19 octobre 2026. Les numéros de comptes sont ceux du Plan comptable général en vigueur au 1er janvier 2026 ; le choix du sous-compte se valide avec votre expert-comptable.
Non pour le pourboire laissé spontanément par le client, oui pour le service imposé. La frontière se trouve dans la liberté du client de donner ou non.
Le pourboire que le client décide d'ajouter, sans y être tenu, n'entre pas dans le chiffre d'affaires taxable, selon la doctrine citée plus haut. Il ne figure donc ni dans les ventes ni dans la déclaration de TVA.
Une majoration pour service, qu'elle soit incluse dans les prix ou ajoutée en pourcentage sur l'addition, est un élément du prix : elle est soumise à la TVA selon le droit commun et suit le taux de la prestation, avec les mêmes règles de ventilation lorsque des boissons alcooliques sont servies (BOI-TVA-LIQ-30-20-10-20, paragraphe 90). Elle s'enregistre en ventes, puis se reverse au personnel comme un élément de salaire soumis à cotisations. Les taux applicables sont rappelés dans l'article sur la TVA en restauration.
Les pourboires remis volontairement par les clients sont exonérés de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu jusqu'au 31 décembre 2028, pour les salariés en contact avec la clientèle dont la rémunération mensuelle ne dépasse pas 1,6 Smic.
Le dispositif, créé par l'article 5 de la loi de finances pour 2022, a été prolongé de trois ans par la loi de finances pour 2026 du 19 février 2026. Le Bofip vise désormais les sommes remises volontairement au cours des années 2026, 2027 et 2028, qu'elles soient données directement au salarié ou remises à l'employeur puis reversées. Service Public Entreprendre précise que l'exonération couvre aussi la CSG et la CRDS, les cotisations d'assurances sociales, d'allocations familiales et d'accidents du travail, et d'autres contributions patronales.
Le seuil s'apprécie mois par mois, sur la base de la durée légale ou de la durée prévue au contrat, augmentée des heures supplémentaires ou complémentaires sans tenir compte de leurs majorations (BOI-RSA-CHAMP-20-10, paragraphe 95). Le pourboire lui-même n'est pas pris en compte dans ce calcul. Avec un Smic mensuel de 1 867,02 euros brut pour 35 heures depuis le 1er juin 2026 (Service Public Entreprendre), le plafond est d'environ 2 987 euros brut par mois pour un temps plein. Un salarié au-dessus du seuil reste bénéficiaire du pourboire, mais celui-ci redevient soumis à cotisations et imposable.
Le service imposé au client n'entre pas dans le dispositif, puisqu'il n'est pas remis volontairement. Les travailleurs indépendants ne sont pas concernés. Le gérant non salarié qui sert en salle ne peut donc pas en bénéficier pour les pourboires qu'il reçoit.
Le pourboire centralisé par l'employeur se reverse en général sur le bulletin, sur une ligne distincte, pour pouvoir appliquer l'exonération et prouver le reversement intégral.
La clé de répartition (à parts égales, au temps de présence, par poste) relève de l'usage de l'établissement ou d'un accord. Elle doit concerner le personnel en contact avec la clientèle : serveurs, chefs de rang, barmen, et selon l'usage de la maison certains postes de cuisine. Le mode de calcul des autres éléments du bulletin est expliqué dans l'article pour calculer sa paie en restauration en 2026.
Lorsqu'aucun salaire minimum n'est garanti, les pourboires s'ajoutent au salaire fixe. En pratique, le taux horaire versé doit de toute façon respecter le Smic et les minima conventionnels de la branche, détaillés dans l'article sur le Smic hôtelier 2026. Pour les renforts de saison, la question se pose dans les mêmes termes : voir le guide du contrat saisonnier en restauration.
Une brasserie encaisse en octobre 1 200 euros de pourboires par carte, séparés des ventes par le logiciel de caisse. À chaque remise, la banque est débitée du total encaissé, les ventes et la TVA collectée sont créditées pour la part repas, et le sous-compte « Pourboires à reverser » est crédité au fil des jours, jusqu'à 1 200 euros.
À la paie d'octobre, les 1 200 euros sont répartis entre quatre salariés de salle selon le temps de présence. Le sous-compte est débité de 1 200 euros et le compte 421 crédité du même montant. Trois salariés sont sous le plafond de 1,6 Smic : leurs pourboires sont exonérés. Le quatrième, responsable de salle, le dépasse : sa part est soumise à cotisations. Le résultat de la brasserie n'est pas modifié. Les montants sont fictifs.
Le cabinet paramètre avec vous le circuit des pourboires, de la caisse jusqu'au bulletin, pour que les sommes soient tracées, reversées et correctement traitées en TVA et en paie.
JUM Advisory vérifie que le logiciel de caisse isole les pourboires des ventes, crée le compte de tiers adapté, rapproche chaque mois les encaissements et les reversements, et contrôle que le service éventuellement facturé est bien soumis à la TVA. C'est le quotidien d'un expert-comptable spécialisé CHR, qui connaît les usages de la salle autant que ceux du bilan.
Le cabinet établit les bulletins, applique l'exonération lorsque les conditions sont remplies, suit le plafond de 1,6 Smic salarié par salarié et documente la répartition. Pour un établissement lyonnais, la page de l'expert-comptable restaurateur à Lyon présente l'accompagnement local. Pour faire le point sur votre organisation, écrivez au cabinet.
Séparer, tracer, reverser. Un pourboire bien suivi ne coûte rien à l'établissement ; un pourboire mal suivi coûte de la TVA, des cotisations ou un litige.