Fin mars, la terrasse se prépare, les réservations de groupes arrivent et il manque trois commis, deux serveurs et un plongeur pour tenir jusqu'à septembre. Le contrat saisonnier en restauration est l'outil prévu pour ce besoin, mais il est souvent confondu avec le contrat d'extra ou le CDD classique, avec des conséquences très concrètes sur la paie de fin de saison et sur les droits du salarié qui revient l'année suivante.
Cet article vous permet de choisir le bon contrat, de le rédiger avec les bonnes clauses, de traiter correctement le saisonnier nourri et logé, de calculer ce qui est dû en fin de saison et d'anticiper la reconduction. Il s'adresse aux restaurants, brasseries de station ou de bord de mer, et aux hôtels-restaurants qui recrutent chaque année.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré de fin de saison est fictif.
C'est un contrat à durée déterminée conclu pour un emploi à caractère saisonnier, c'est-à-dire des tâches appelées à se répéter chaque année selon une périodicité à peu près fixe, en fonction du rythme des saisons ou des modes de vie collectifs (article L. 1242-2 du Code du travail). La saison touristique d'un restaurant de plage ou de station en est l'exemple type.
Le saisonnier est embauché pour toute la saison ou une partie, parce que l'activité revient chaque année aux mêmes dates. L'extra est embauché pour une mission ponctuelle de quelques heures ou quelques jours, un mariage, un séminaire, un week-end chargé : c'est le contrat d'usage décrit par Service Public. Le CDD pour accroissement temporaire d'activité vise un surcroît inhabituel, qui ne revient pas forcément. Le motif doit correspondre à la réalité du besoin, sinon le contrat peut être requalifié en CDI par le conseil de prud'hommes.
Un restaurant ouvert toute l'année avec une fréquentation stable ne peut pas habiller en « saisonnier » un poste qui existe douze mois sur douze. Le caractère saisonnier tient au rythme de l'activité, pas à la commodité du contrat. Avant de lancer le recrutement, un expert-comptable spécialisé CHR peut chiffrer le besoin réel de renfort mois par mois et le type de contrat adapté à chaque poste.
Par écrit, avec un motif précis, et transmis au salarié au plus tard dans les deux jours ouvrables qui suivent l'embauche (article L. 1242-13 du Code du travail). Un contrat oral ou signé en fin de saison expose à une requalification.
Le contrat peut fixer une date de fin précise, ou être conclu sans terme précis. Dans ce second cas, il prend fin avec la saison et doit prévoir une durée minimale, selon Service Public. La formule « jusqu'à la fin de la saison estivale, pour une durée minimale de trois mois » est courante. Un CDD sans terme précis ne peut pas être renouvelé : si vous pensez prolonger, une date de fin précise laisse plus de souplesse.
L'article sur la convention collective HCR avant d'embaucher détaille les règles de branche qui s'ajoutent au Code du travail.
Les mêmes que pour tout salarié de la branche, avec une période d'essai réduite propre au CDD. Le saisonnier est payé au minimum de la grille HCR de son niveau, et ses heures supplémentaires sont majorées comme celles des salariés permanents.
Elle n'existe que si le contrat la prévoit. Sa durée maximale est d'un jour par semaine de contrat, dans la limite de deux semaines pour un contrat de six mois au plus, et d'un mois au-delà (Service Public, période d'essai). Pour un contrat sans terme précis, elle se calcule sur la durée minimale prévue. Elle ne peut pas être renouvelée.
Le saisonnier a droit au même salaire minimum qu'un salarié permanent de même qualification. Le Smic horaire brut est de 12,31 euros depuis le 1er juin 2026 (arrêté du 22 mai 2026), et la grille de la convention HCR fixe des minima par niveau. Le détail est dans l'article sur le Smic hôtelier en 2026 et dans celui sur la grille des salaires en restaurant. La saison n'autorise aucune dérogation aux durées maximales de travail : les semaines à rallonge de juillet se paient en heures majorées et se contrôlent comme le reste de l'année.
Les repas et le logement fournis par l'employeur sont des avantages en nature : ils entrent dans la rémunération, sont soumis à cotisations et figurent sur le bulletin. Le logement doit en outre respecter des normes minimales.
À défaut de règle conventionnelle, la nourriture fournie par l'employeur est évaluée à deux fois le minimum garanti par journée, ou une fois ce minimum pour un seul repas (article D. 3231-10 du Code du travail). Le minimum garanti est de 4,35 euros depuis le 1er juin 2026. La convention HCR précise que le salarié qui prend son repas sur place, dans un établissement qui prépare des denrées, ne peut se voir réclamer une contribution supérieure à l'évaluation de l'avantage (article 35 de la convention HCR). Le traitement sur le bulletin est expliqué dans l'article sur la paie en restauration.
| Point | CDD saisonnier | Contrat d'extra (CDD d'usage) | CDD pour accroissement d'activité |
|---|---|---|---|
| Besoin couvert | Travail qui revient chaque année à la même période (saison d'été, saison d'hiver) | Mission ponctuelle de quelques heures ou quelques jours | Surcroît d'activité inhabituel et temporaire |
| Terme | Date précise, ou fin de saison avec une durée minimale | Fin de la mission | Date précise en principe |
| Indemnité de fin de contrat | Non due | Non due, sauf accord contraire | Due, au moins 10 % de la rémunération brute |
| Congés payés | Indemnité compensatrice d'au moins 10 % si les congés ne sont pas pris | Indemnité compensatrice en fin de contrat | Indemnité compensatrice en fin de contrat |
| Délai de carence entre deux contrats | Non applicable | Non applicable | Applicable, sauf exceptions |
| Retour l'année suivante | Clause de reconduction possible, droit à reconduction dans certaines branches | Pas de mécanisme spécifique | Pas de mécanisme spécifique |
Lecture : le motif du contrat doit correspondre à la réalité du besoin, faute de quoi le contrat peut être requalifié en CDI. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Règles vérifiées le 19 octobre 2026 sur les textes suivants.
Le logement fourni gratuitement ou à prix réduit est un avantage en nature, évalué selon les règles de l'Urssaf et ajouté au salaire brut. Sur le plan matériel, le Code du travail interdit d'héberger les travailleurs dans des locaux affectés à un usage industriel ou commercial (article R. 4228-26) : la réserve ou l'arrière-salle ne sont pas des chambres. Chaque personne logée doit disposer d'au moins 6 m² et 15 m³ habitables, dans un local aéré, avec une fenêtre donnant sur l'extérieur, que le salarié peut fermer et où il accède librement (article R. 4228-27).
Dans les zones touristiques, le logement fait souvent la différence entre un poste pourvu et un poste vacant. Son coût réel (loyer, charges, entretien) doit donc entrer dans le budget de la saison, au même titre que les salaires. Les autres leviers de recrutement sont passés en revue dans l'article sur le recrutement en restauration.
Le dernier salaire, les heures supplémentaires restant dues et une indemnité compensatrice de congés payés, mais pas d'indemnité de fin de contrat. Le contrat saisonnier fait partie des cas où la prime de précarité n'est pas due (Service Public, fin d'un CDD).
Le salarié en CDD a droit à une indemnité compensatrice de congés payés au titre du travail effectué, quelle qu'ait été la durée du contrat, dès lors que le régime des congés de l'entreprise ne lui permet pas de les prendre. Elle ne peut être inférieure à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat (article L. 1242-16 du Code du travail).
Un commis embauché de mai à août perçoit au total 9 000 euros bruts, heures supplémentaires et avantages en nature compris. Il n'a pris aucun congé pendant la saison. En fin de contrat, l'employeur lui doit une indemnité compensatrice de congés payés d'au moins 900 euros, et aucune indemnité de fin de contrat. Le même salarié embauché en CDD pour accroissement d'activité aurait eu droit, en plus, à une indemnité de fin de contrat d'au moins 10 % de sa rémunération brute. Le choix du motif a donc un coût, et il doit correspondre à la réalité : économiser la prime de précarité en qualifiant à tort un contrat de saisonnier expose à une requalification.
Comme pour tout CDD, l'employeur remet au salarié un certificat de travail, un reçu pour solde de tout compte et l'attestation destinée à France Travail. Le simulateur de coût d'un salarié du site permet d'estimer le coût complet d'un saisonnier avant l'embauche.
Le contrat peut prévoir une clause de reconduction pour la saison suivante. Dans certaines branches, le salarié qui a fait deux mêmes saisons dans l'entreprise sur deux années consécutives bénéficie d'un droit à la reconduction, et l'ancienneté se cumule d'une saison à l'autre.
Les contrats saisonniers peuvent comporter une clause de reconduction pour la saison suivante, et une convention ou un accord collectif peut prévoir que l'employeur propose au salarié un emploi pour la même saison de l'année suivante (article L. 1244-2 du Code du travail). Dans les branches où l'emploi saisonnier est particulièrement développé, listées par arrêté, et à défaut de stipulations conventionnelles, l'employeur informe le salarié des conditions de reconduction avant l'échéance du contrat (article L. 1244-2-1). Le salarié qui a effectué au moins deux mêmes saisons dans l'entreprise sur deux années consécutives a droit à la reconduction lorsqu'un emploi saisonnier compatible avec sa qualification est disponible, sauf motif dûment fondé (article L. 1244-2-2).
Pour le calcul de l'ancienneté, les durées des contrats saisonniers successifs dans une même entreprise sont cumulées (article L. 1244-2). Un serveur qui revient depuis cinq étés a donc une ancienneté qui compte pour les droits qui en dépendent.
Le délai de carence entre deux CDD ne s'applique pas aux emplois à caractère saisonnier, sauf disposition contraire de la branche (article L. 1244-4-1). Vous pouvez donc réembaucher le même salarié sur le même poste d'une saison à l'autre sans attendre. Les établissements qui ouvrent quelques mois par an, comme un camping avec restaurant, sont directement concernés : l'article sur l'achat d'un camping aborde la gestion des équipes saisonnières.
Le cabinet intervient avant, pendant et après la saison, sur la paie comme sur le budget. L'objectif : un recrutement chiffré, des bulletins justes et une fin de saison sans surprise.
JUM Advisory chiffre le besoin de renfort mois par mois, compare le coût d'un saisonnier, d'un extra et d'un CDD, intègre le logement et les repas dans le budget, et vérifie les clauses du contrat type (motif, terme, essai, reconduction). La maîtrise de la masse salariale sur l'année est détaillée dans l'article sur la masse salariale en restauration.
Le cabinet établit les bulletins (grille HCR, majorations, avantages en nature), calcule les indemnités de fin de contrat et prépare les documents de sortie. Pour en savoir plus sur l'accompagnement comptable des CHR, ou sur le travail d'un expert-comptable restaurateur à Lyon, le plus simple est de contacter le cabinet.
La plupart des litiges de fin de saison viennent d'un contrat mal qualifié ou signé trop tard.