Vous venez de racheter un restaurant, et le bilan d'ouverture fait apparaître une grosse ligne « fonds commercial » qui ne bouge pas d'une année à l'autre. Pendant ce temps, le four et la chambre froide s'amortissent, réduisent le résultat et donc l'impôt. La question de l'amortissement du fonds de commerce arrive alors naturellement : peut-on faire de même avec le prix payé pour la clientèle et l'emplacement ?
La réponse a changé ces dernières années, et elle vient encore d’évoluer avec une loi du 19 février 2026. Cet article vous explique ce qui peut être amorti en comptabilité, ce qui est déductible fiscalement, quand passer une dépréciation du fonds de commerce, et comment répartir le prix d'achat pour que chaque élément suive le bon régime.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré présenté plus bas est fictif.
En comptabilité, oui pour une petite entreprise, qui peut amortir son fonds commercial sur dix ans de plein droit. Fiscalement, l'amortissement n'est en principe pas déductible, mais un dispositif temporaire le rend déductible pour les fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029.
Le fonds commercial est présumé avoir une durée d'utilisation non limitée. Il n'est donc pas amorti, sauf si l'entreprise démontre que cette durée est effectivement limitée : il est alors amorti sur cette durée, ou sur dix ans si elle ne peut pas être déterminée de façon fiable (Bofip, BOI-BIC-AMT-10-20, § 360, qui reprend l'article 214-3 du plan comptable général). La logique est simple : une clientèle bien entretenue ne s'use pas comme un lave-vaisselle.
Les petites entreprises peuvent amortir l'ensemble de leurs fonds commerciaux sur une durée forfaitaire de dix ans, de plein droit. La quasi-totalité des restaurants indépendants relève de cette catégorie : est une petite entreprise celle qui ne dépasse pas deux des trois seuils suivants, 15 millions d'euros de chiffre d'affaires, 7,5 millions d'euros de total de bilan et 50 salariés en moyenne. Le choix d'amortir ou non reste une option comptable, qui mérite d'être tranchée l'année de l'acquisition avec un expert-comptable spécialisé CHR.
Le fonds commercial regroupe les éléments incorporels du fonds de commerce acquis qui ne sont pas évalués et comptabilisés séparément : en pratique la clientèle, l'achalandage, l'enseigne et le nom commercial. Les autres éléments du prix suivent leurs propres règles.
Le prix d'achat d'un restaurant ne se résume pas au fonds commercial. Il comprend souvent du matériel et du mobilier, parfois un droit au bail payé au bailleur ou au précédent locataire, parfois une licence de débit de boissons. Le matériel s'amortit sur sa durée d'utilisation, comme tout équipement. Le droit au bail obéit à une logique différente, détaillée dans l'article sur le pas-de-porte et le droit au bail. La licence suit son propre traitement, évoqué dans l'article sur le prix d'une licence 4.
Chaque euro affecté au matériel s'amortit sur quelques années, chaque euro affecté au fonds commercial suit le régime décrit dans cet article. La répartition du prix doit refléter la valeur réelle de chaque élément, et non l'effet fiscal recherché : un matériel vétuste valorisé au prix du neuf se repère vite en contrôle. Les écritures correspondantes sont présentées dans l'article sur l'acquisition d'une immobilisation et dans celui sur le plan comptable d'un restaurant.
Le Conseil d'État a jugé que la dépréciation d'un droit au bail de locaux commerciaux ne peut pas être constatée par voie d'amortissement, faute de pouvoir établir, au jour de l'acquisition, qu'il prendra fin à l'expiration du bail, celui-ci pouvant être renouvelé (§ 370 du même Bofip). Le droit au bail n'est donc pas un raccourci pour amortir ce que le fonds commercial ne permettrait pas.
En principe non : l'amortissement du fonds commercial n'est pas déductible du résultat imposable, et sa dépréciation ne peut être constatée que par provision. Par exception, un dispositif temporaire rend déductibles les amortissements des fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029.
Le dispositif concernait au départ les fonds acquis jusqu'au 31 décembre 2025. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 l'a prorogé, et le Bofip mis à jour le 5 août 2026 vise désormais les fonds commerciaux acquis à compter du 1er janvier 2022 et jusqu'au 31 décembre 2029. Le dispositif s'applique aux fonds achetés comme à ceux reçus par apport ou fusion, à condition que l'amortissement soit effectivement constaté en comptabilité, ce qui suppose soit d'être une petite entreprise, soit de démontrer une durée d'utilisation limitée.
| Situation | En comptabilité | En fiscalité |
|---|---|---|
| Petite entreprise, fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029, vendeur non lié | Amortissement possible sur 10 ans, de plein droit | Amortissement déductible au titre du dispositif temporaire |
| Petite entreprise, fonds acheté à une entreprise liée | Amortissement possible sur 10 ans | Amortissement non déductible, à réintégrer |
| Fonds acquis avant 2022 | Amortissement possible sur 10 ans pour une petite entreprise | Amortissement non déductible |
| Entreprise au-delà des seuils, durée d'utilisation non limitée | Pas d'amortissement, dépréciation si la valeur baisse | Dépréciation constatée par provision |
| Durée d'utilisation limitée démontrée (contrat ou autorisation à terme, arrêt d'activité décidé) | Amortissement sur cette durée, ou sur 10 ans si elle n'est pas fiable | Déductible si le fonds est acquis dans la période du dispositif |
Lecture : les deux colonnes se lisent séparément, ce qui est passé en charge en comptabilité n'est pas toujours déductible. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Règles vérifiées le 19 octobre 2026 dans la doctrine administrative en vigueur.
Les fonds acquis auprès d'une entreprise liée, ou d'une entreprise placée sous le contrôle de la même personne physique, n'ouvrent pas droit au dispositif pour les acquisitions réalisées depuis le 18 juillet 2022. Le cas est fréquent dans les groupes de restaurants : céder le fonds d'une société d'exploitation à une autre société du même dirigeant ne permet pas de déduire l'amortissement. La structuration de ces opérations est abordée dans l'article sur les holdings de restaurants.
Un fonds acheté avant le 1er janvier 2022 peut toujours être amorti en comptabilité par une petite entreprise, mais l'amortissement n'est pas déductible : il est réintégré dans le calcul du résultat fiscal. Le dispositif temporaire raisonne par date d'acquisition, pas par exercice.
Quand sa valeur actuelle devient inférieure à sa valeur au bilan. La dépréciation du fonds de commerce constate une perte de valeur, là où l'amortissement étale un coût dans le temps.
Une baisse durable du chiffre d'affaires, la perte d'une clientèle d'affaires, des travaux de voirie qui éloignent le passage, un concurrent installé en face, une fermeture administrative : autant de situations qui justifient de se demander ce que vaudrait le fonds s'il était vendu aujourd'hui. Les méthodes d'évaluation sont présentées dans l'article sur la valorisation d'un restaurant.
Fiscalement, la dépréciation du fonds commercial ne peut être constatée que par voie de provision. Pour les fonds qui bénéficient du dispositif temporaire, le traitement des provisions est aménagé : le Bofip renvoie sur ce point à ses commentaires sur les provisions (BOI-BIC-PROV-40-10-10). Une dépréciation se justifie par des éléments chiffrés (comptes, évaluation, comparaison avec des cessions), conservés dans le dossier de clôture.
Une SARL, petite entreprise au sens du Code de commerce, rachète le 1er avril 2026 le fonds d'un restaurant à un vendeur indépendant, sans lien avec elle, pour 240 000 euros. Après analyse, le prix est réparti entre 40 000 euros de matériel et mobilier et 200 000 euros de fonds commercial.
La société choisit d'amortir le fonds commercial sur dix ans. La dotation annuelle est de 20 000 euros. Pour le premier exercice, clos le 31 décembre 2026, elle est calculée au prorata du temps écoulé depuis l'acquisition, soit neuf mois : 15 000 euros. Le matériel s'amortit de son côté selon sa durée d'utilisation propre.
Le fonds ayant été acquis dans la période du dispositif, auprès d'une entreprise non liée, la dotation de 15 000 euros est déductible du résultat imposable de 2026, puis 20 000 euros les années suivantes. Si le même fonds avait été acheté à une autre société du dirigeant, la dotation aurait été comptabilisée de la même façon, mais réintégrée dans le résultat fiscal. Le montant d'impôt en jeu dépend du résultat et du taux applicable à la société : il se calcule au cas par cas.
Pour visualiser l'échéancier, le simulateur de plan d'amortissement du site donne le tableau année par année, et l'article sur le tableau des immobilisations et amortissements explique comment le présenter dans les comptes annuels.
Le cabinet intervient dès la négociation de la reprise, parce que la répartition du prix se prépare avant la signature de l'acte, pas à la clôture.
JUM Advisory analyse les comptes du cédant, propose une répartition argumentée du prix entre matériel, droit au bail, licence et fonds commercial, vérifie l'éligibilité au dispositif temporaire (date, statut de petite entreprise, absence de lien avec le vendeur) et intègre l'amortissement dans votre prévisionnel. Si le fonds est financé à crédit et nanti au profit de la banque, le cabinet explique les conséquences du nantissement du fonds de commerce.
Le cabinet passe les dotations, contrôle chaque année l'existence d'indices de perte de valeur, documente une éventuelle dépréciation et prépare la liasse fiscale avec les réintégrations nécessaires. Pour en savoir plus sur l'accompagnement comptable des CHR ou sur le travail d'un expert-comptable pour restaurant à Lyon, le plus direct est de contacter le cabinet.
La plupart des erreurs se commettent l'année de l'achat, quand le prix est réparti à la hâte et que l'option d'amortissement n'est pas tranchée.