Pour beaucoup d'établissements, être restaurateur sur Uber Eats ou Deliveroo est devenu une évidence : la demande est là, l'application apporte des clients que la salle ne verrait jamais, et les commandes tombent même un mardi soir pluvieux. La question n'est plus de savoir s'il faut y être, mais ce que chaque commande rapporte vraiment une fois la commission, les emballages et la TVA passés.
Cet article vous donne une méthode pour calculer la rentabilité réelle de la livraison, lire vos relevés de plateforme, appliquer les bons taux de TVA et enregistrer correctement ces ventes en comptabilité. Il vous aide ensuite à décider ce que vous gardez, ce que vous ajustez et ce que vous arrêtez.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré est fictif, et les taux de commission ne sont pas donnés : ils dépendent du contrat signé avec chaque plateforme.
Le client commande et paie sur l'application, la plateforme vous transmet la commande, puis vous reverse périodiquement le montant des ventes diminué de sa commission et des frais prévus au contrat. Vous restez le vendeur des plats et le responsable de ce que vous servez.
Vous n'encaissez pas directement le client. L'argent transite par la plateforme, qui établit un relevé et vous vire le solde selon une périodicité fixée au contrat. Ce décalage entre la vente et l'encaissement pèse sur votre trésorerie, surtout si la livraison représente une part importante du chiffre d'affaires. Le relevé de la plateforme devient alors une pièce comptable à part entière, au même titre que le Z de caisse. C'est souvent le premier document qu'un cabinet d'expertise comptable spécialisé en restauration demande pour comprendre la place réelle de la livraison dans vos comptes.
Les plateformes proposent en général plusieurs formules : livraison assurée par leurs coursiers, livraison par votre propre personnel, retrait sur place par le client. La commission et les services inclus ne sont pas les mêmes d'une formule à l'autre. Avant de choisir, comparez ce que vous payez à ce que vous auriez à assumer vous-même : un livreur salarié, son véhicule, son temps d'attente entre deux courses.
La seule réponse fiable se trouve dans votre contrat et vos relevés. Le taux dépend de l'offre choisie, du mode de livraison et parfois de la visibilité achetée dans l'application, et il peut évoluer à chaque mise à jour des conditions de la plateforme.
Repérez trois choses : le taux de commission par formule, la base sur laquelle il s'applique (montant toutes taxes comprises du panier ou montant hors taxes, avec ou sans frais de livraison) et la liste des frais facturés en plus. Une commission calculée sur le TTC coûte plus cher qu'elle n'en a l'air, puisqu'elle porte aussi sur la TVA que vous reversez ensuite à l'État. Si vous travaillez avec Uber Eats et Deliveroo, faites l'exercice pour chacune : les deux contrats ne se lisent pas de la même façon.
Additionnés, ces postes font souvent la différence entre une livraison rentable et une livraison qui occupe la cuisine pour rien. Le guide sur les plateformes de vente détaille les clauses à surveiller avant de signer.
En raisonnant commande par commande : chiffre d'affaires hors taxes, moins la commission, les emballages et la matière. Ce qui reste est votre marge sur coûts directs, à comparer à celle d'une commande servie en salle.
Prenons un panier de 30 euros TTC composé de plats préparés pour une consommation immédiate. Le tableau ci-dessous retient, pour l'exemple uniquement, une commission de 30 % calculée sur le montant TTC et un food cost de 30 % du prix hors taxes. Ces hypothèses ne décrivent aucune plateforme en particulier.
| Poste | Montant (exemple fictif) | Ce qu'il faut vérifier chez vous |
|---|---|---|
| Panier payé par le client | 30,00 € TTC | Prix affichés sur l'application, différents ou non de la carte en salle |
| TVA collectée à 10 % | 2,73 € | Taux par produit : boissons en canette à 5,5 %, alcool au taux normal |
| Chiffre d'affaires hors taxes | 27,27 € | Montant brut à comptabiliser, avant toute commission |
| Commission plateforme (hypothèse de 30 % du TTC) | 9,00 € HT | Taux réel de votre contrat, base de calcul, frais de service ajoutés |
| Emballages | 1,20 € HT | Coût réel par commande, sacs et couverts compris |
| Matière (food cost de 30 % du HT) | 8,18 € HT | Food cost propre aux plats vendus en livraison |
| Marge sur coûts directs | 8,89 € | À comparer aux 19,09 € de la même commande servie en salle, avant personnel |
Exemple fictif : le taux de commission de 30 % est une hypothèse de calcul, pas un tarif constaté. Remplacez chaque ligne par vos chiffres. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Règles fiscales et comptables vérifiées le 19 octobre 2026.
Dans cet exemple, la même commande laisse 8,89 euros en livraison contre 19,09 euros en salle, avant frais de personnel. L'écart ne signifie pas que la livraison est à proscrire : la commande livrée n'occupe pas de table, ne demande pas de service en salle et peut tomber à une heure creuse. Il signifie que la livraison doit être pilotée comme une activité distincte, avec sa propre marge. L'article sur la marge en restauration explique comment suivre cet indicateur, et le simulateur de food cost vous aide à fiabiliser la ligne matière.
Le relevé de la plateforme ne montre ni le temps de préparation supplémentaire au coup de feu, ni les erreurs de commande, ni l'effet d'une mauvaise note sur les ventes suivantes. Si vos cuisiniers doivent gérer en même temps la salle pleine et une file de coursiers, le coût réel inclut aussi la qualité perdue des deux côtés. Un suivi simple, sur quatre à six semaines, du nombre de commandes par créneau suffit souvent à voir où la livraison gêne et où elle remplit un creux.
Les prix sont libres : rien dans la loi n'impose d'appliquer en livraison les mêmes prix qu'en salle, sous réserve des clauses de votre contrat. Le principe de liberté des prix est posé par l'article L. 410-2 du Code de commerce.
Partez du coût de revient du plat, ajoutez l'emballage, puis calculez le prix qui vous laisse la marge visée après commission. Beaucoup de restaurateurs appliquent un prix spécifique à la livraison, affiché clairement dans l'application. L'important est de le faire en connaissance de cause et de vérifier ensuite que les ventes suivent.
Tous les plats ne supportent pas vingt minutes dans un sac. Une carte courte, composée des plats qui arrivent en bon état et qui dégagent la meilleure marge, se pilote mieux qu'une copie de la carte en salle. La méthode du menu engineering s'applique parfaitement à la carte livraison. Pensez aussi à l'information sur les allergènes, qui reste due quand la commande passe par une application : le sujet est traité dans l'article sur l'affichage des allergènes en restauration.
Les plats préparés livrés pour une consommation immédiate relèvent du taux de 10 %, à condition que la préparation, la vente et la livraison se suivent immédiatement. Les autres produits du panier suivent leurs propres taux, ce qui oblige à paramétrer chaque article.
Le tableau récapitulatif publié au Bofip distingue notamment :
Un mauvais paramétrage sur l'application se répète à chaque commande : vérifiez les taux saisis pour chaque article, et pas seulement le taux par défaut. L'ensemble des règles est repris dans l'article sur la TVA en restauration.
La commission est une prestation de services facturée au restaurant. Lorsqu'elle est facturée avec TVA par une société établie en France, cette TVA est déductible dans les conditions habituelles. Lorsqu'elle est facturée par une société établie dans un autre État, la facture est émise hors taxe et c'est en principe au restaurant d'autoliquider la TVA sur sa déclaration, selon les règles applicables aux prestations entre assujettis. Regardez donc qui émet vos factures de commission : le traitement n'est pas le même.
Le chiffre d'affaires s'enregistre pour son montant brut, et la commission en charge. On ne comptabilise pas le seul virement net reçu de la plateforme.
Le Code de commerce interdit toute compensation entre charges et produits au compte de résultat, sauf exceptions prévues par les normes comptables (article L. 123-19 du Code de commerce). Dans le schéma courant où la plateforme agit comme intermédiaire, la vente du plat est votre chiffre d'affaires et la commission est une charge. Enregistrer le net fausserait votre chiffre d'affaires, votre TVA collectée et tous les ratios qui en dépendent.
Chaque versement de la plateforme doit être rapproché du relevé détaillé de la période : ventes, commissions, promotions, remboursements. Un écart non expliqué entre ventes déclarées et sommes reçues finit toujours par sortir, en contrôle ou au bilan. Rappelez-vous aussi que les plateformes transmettent à l'administration fiscale des informations sur les ventes réalisées par leur intermédiaire, dans le cadre du dispositif DPI-DAC7 : vos déclarations doivent être cohérentes avec ces données.
Le cabinet vous aide à mesurer ce que la livraison rapporte réellement, puis à la traiter correctement en comptabilité et en TVA.
JUM Advisory analyse vos relevés de plateforme, reconstitue la marge par canal (salle, emporter, livraison), vérifie le paramétrage des taux de TVA et chiffre l'effet d'un changement de prix ou de formule avant que vous ne le testiez. Le cabinet intègre ces flux dans votre prévisionnel et votre suivi de trésorerie, pour que le décalage d'encaissement ne vous surprenne pas.
Chaque plateforme est suivie séparément, avec rapprochement des versements et enregistrement du chiffre d'affaires brut. Pour découvrir l'ensemble de la mission, consultez la page de l'expert-comptable restaurateur à Lyon ou celle de l'expertise comptable restauration, puis contactez le cabinet avec vos derniers relevés.
La réponse dépend de votre marge par commande et de l'effet de la livraison sur la salle, pas de l'habitude du secteur. Elle se tranche avec vos chiffres sur quelques semaines.
Si deux de ces réponses sont négatives, l'ajustement passe d'abord par la carte, les prix et la formule de livraison, avant d'envisager un retrait.