Une baguette, un sandwich jambon-beurre, une canette, un éclair et un café en gobelet : cinq produits, posés sur le même comptoir, encaissés par la même caisse, et pourtant au moins deux taux de TVA en boulangerie. Le boulanger qui a développé le snacking le sait bien : chaque nouvelle référence pose la question du taux, et une erreur répétée sur des milliers de tickets finit par peser lourd lors d'un contrôle.
Cet article vous donne la règle qui permet de trancher seul la plupart des cas : le taux de TVA en boulangerie dépend de la nature du produit, de son contenant et de l'endroit où il est consommé. Vous saurez appliquer le bon taux au pain et à la viennoiserie, au snacking, aux boissons, aux confiseries et aux formules, et paramétrer votre caisse en conséquence.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré de la formule est fictif.
Le pain, les viennoiseries et les pâtisseries sucrées vendus à emporter relèvent du taux réduit de 5,5 %. Le snacking destiné à être mangé tout de suite (sandwichs, produits chauds, boissons en gobelet) relève du taux de 10 %, comme ce qui est consommé sur place. Les boissons alcooliques et certaines confiseries sont au taux normal de 20 %.
Tout part d'une distinction posée par l'administration. Les produits alimentaires vendus à emporter sont en principe au taux de 5,5 %. Par exception, les ventes à emporter de produits préparés en vue d'une consommation immédiate relèvent du taux de 10 %, à l'exclusion des boissons alcooliques (Bofip, BOI-TVA-LIQ-30-10-10, § 300 et suivants). La consommation immédiate s'apprécie selon la nature du produit, son conditionnement ou sa présentation, et non selon ce que fait le client : qu'il mange son sandwich dans la rue ou deux heures plus tard au bureau ne change rien.
La doctrine précise qu'aucun lieu de vente n'est exclu a priori du taux de 10 %, boulangeries comprises (§ 340). Il n'existe donc pas de « taux boulangerie » : il existe des produits, chacun avec son taux. C'est ce qui rend la gestion plus fine qu'en restauration traditionnelle, où presque tout part à 10 %, et c'est un point qu'un expert-comptable spécialisé CHR contrôle en priorité lors de la reprise d'un commerce de bouche. Pour la vue d'ensemble côté restaurant, l'article sur la TVA en restauration et ses taux fait le point.
Parce que l'administration considère qu'ils n'ont pas vocation à être consommés immédiatement. Le pain, les viennoiseries et les pâtisseries sucrées sont cités en toutes lettres parmi les produits qui restent au taux de 5,5 % en vente à emporter (§ 330 et tableau récapitulatif BOI-ANNX-000495).
La TVA sur la viennoiserie est donc de 5,5 % à emporter, y compris pour un pain au chocolat. Les viennoiseries et pâtisseries contenant du chocolat ou du cacao figurent expressément parmi les produits au taux réduit (§ 210). Les pâtisseries fraîches dont l'alcool est un élément déterminant, comme le baba ou le savarin au rhum, restent aussi au taux réduit (§ 140).
La vitrine de fin d'année est le moment où les taux se compliquent. Les confiseries (bonbons, caramels, nougats, pâtes de fruits, calissons, fruits confits) sont au taux normal de 20 %. Pour le chocolat, la règle dépend du produit : les bonbons de chocolat et les tablettes de chocolat sont au taux réduit, tandis que le chocolat blanc, certains chocolats au lait et les produits fourrés relèvent du taux normal (§ 190 à 220). Avant de lancer une gamme de chocolaterie, faites valider la classification de chaque référence : la frontière tient parfois à la proportion de chocolat ou à la taille de la bouchée.
Une glace vendue à l'unité (cornet, petit pot, esquimau) relève du taux de 10 %, quel que soit le lieu de vente. Une glace en conditionnement familial, non destinée à une consommation immédiate, reste à 5,5 %.
Dès que le produit est préparé pour être mangé tout de suite. Le sandwich est le cas d'école : il est toujours réputé destiné à une consommation immédiate, quel que soit son emballage, sauf s'il est vendu surgelé.
Les sandwichs, les salades vendues avec couverts et les produits vendus chauds (pizzas, quiches, croque-monsieur) relèvent du taux de 10 % (§ 320). À l'inverse, une quiche ou une pizza vendue froide, entière, pour être réchauffée plus tard, peut rester au taux de 5,5 % si elle n'est pas destinée à une consommation immédiate. La présentation en vitrine, la découpe en part et le réchauffage sur demande sont autant d'indices qui font basculer à 10 %.
La formule sandwich, boisson et dessert réunit des produits à taux différents sous un seul prix. Le prix de la formule doit alors être ventilé entre les taux, selon une méthode économiquement rationnelle que vous devez pouvoir justifier. L'administration décrit une telle méthode pour les menus comportant de l'alcool : on applique au prix hors taxe du menu le rapport entre les prix hors taxe à la carte des différents éléments (BOI-TVA-LIQ-30-20-10-20, § 80). C'est la référence la plus sûre pour bâtir votre propre clé de répartition.
Si la formule comprend une bière ou un cidre, la part correspondant à la boisson alcoolique relève du taux normal et doit être isolée.
Pour une boisson sans alcool vendue à emporter, c'est le contenant qui décide : 5,5 % en bouteille, canette ou brique, 10 % en gobelet, tasse ou verre non refermable. Les boissons alcooliques sont à 20 % dans tous les cas.
Le café servi en gobelet au comptoir, le thé, le jus pressé dans un verre en plastique : tous sont au taux de 10 %, car le contenant ne permet pas de les conserver. La même eau minérale vendue en bouteille fermée reste à 5,5 %. Pour la caisse, cela veut dire une touche par conditionnement, pas une touche « boisson » unique.
| Produit | Vendu à emporter | Consommé dans un espace de consommation sur place | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Pain, viennoiseries, pâtisseries sucrées | 5,5 % | 10 % | Les viennoiseries et pâtisseries au chocolat restent à 5,5 % |
| Sandwichs, salades avec couverts | 10 % | 10 % | 5,5 % seulement s'ils sont vendus surgelés |
| Quiches, pizzas, produits vendus chauds | 10 % si consommation immédiate, 5,5 % sinon | 10 % | Une quiche entière vendue froide pour plus tard n'est pas un produit de consommation immédiate |
| Boissons sans alcool en bouteille, canette, brique | 5,5 % | 10 % | C'est le contenant refermable ou conservable qui fait le taux |
| Boissons sans alcool en gobelet ou tasse | 10 % | 10 % | Café, thé, jus pressé servis au comptoir |
| Glaces à l'unité (cornet, petit pot, esquimau) | 10 % | 10 % | Glaces en conditionnement familial à 5,5 % |
| Confiseries, certains chocolats | 20 % | 10 % dans une prestation de restauration | Bonbons de chocolat et tablettes de chocolat à 5,5 % |
| Boissons alcooliques | 20 % | 20 % | Le cidre ou la bière d'une formule doivent être isolés |
Lecture : le même croissant peut relever de deux taux selon qu'il part dans un sac ou se mange sur une table du salon. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Taux vérifiés le 19 octobre 2026 dans la doctrine administrative en vigueur.
Certaines boulangeries proposent une petite offre de bières artisanales ou de vin. Ces ventes relèvent du taux normal, à emporter comme sur place. Elles posent aussi une question de licence de vente à emporter, à vérifier avant de mettre la première bouteille en rayon.
Sur place, presque tout passe à 10 %, sauf l'alcool. En vente à un autre professionnel, le taux de 10 % de la vente à emporter ne s'applique pas.
Le croissant mangé à une table du salon relève du taux de 10 % applicable aux ventes à consommer sur place, et non du 5,5 % de la vente à emporter. La doctrine retient que lorsque la vente s'accompagne d'un ensemble de prestations suffisamment consistant (tables, service, couverts), l'ensemble est assimilé à de la restauration. Une boulangerie avec salon doit donc distinguer, à l'encaissement, le sur place et l'emporté, ce qui suppose une question posée au client et une caisse qui suit.
Vous livrez des sandwichs à une épicerie qui les revend, ou des viennoiseries à un hôtel qui les sert à ses clients ? L'administration a confirmé en novembre 2025 que le taux de 10 % ne vise que les ventes au consommateur final. Les livraisons entre professionnels, avant la vente au client final, relèvent du taux de 5,5 % (rescrit BOI-RES-TVA-000205). Le rescrit porte sur une chaîne de distribution précise : faites valider l'application à votre cas avant de modifier vos factures.
Un plateau livré au client final pour être consommé tout de suite relève du taux de 10 %. Les commissions facturées par la plateforme sont un autre sujet, traité dans l'article sur Uber Eats pour les restaurateurs.
En créant chaque article avec son taux, en distinguant sur place et à emporter quand c'est nécessaire, et en contrôlant chaque mois la ventilation du chiffre d'affaires par taux avant de déclarer.
Une boulangerie vend une formule à 9,90 euros TTC : un sandwich (5,50 euros TTC à la carte, taux de 10 %), une canette (2,20 euros, taux de 5,5 %) et une pâtisserie (3,00 euros, taux de 5,5 %). Les prix à la carte hors taxe sont de 5,00 euros, 2,09 euros et 2,84 euros, soit 9,93 euros. Le sandwich représente donc environ 50,4 % du total hors taxe.
En appliquant cette proportion, la formule se décompose en 4,63 euros hors taxe au taux de 10 % (0,46 euro de TVA) et 4,56 euros hors taxe au taux de 5,5 % (0,25 euro de TVA). La TVA collectée est de 0,71 euro par formule, contre 0,90 euro si tout avait été passé à 10 %. L'écart paraît mince, mais il se répète à chaque formule vendue, et il joue dans les deux sens : une ventilation trop favorable sera contestée en cas de contrôle.
Une boulangerie relève des seuils de la franchise en base applicables aux ventes de marchandises : 85 000 euros, avec un seuil majoré de 93 500 euros, inchangés pour 2026 selon Service Public Entreprendre. Au-delà, vous facturez et déclarez la TVA, et vous récupérez celle payée sur vos achats (farine, matériel, travaux). Les contraintes du régime sont détaillées dans l'article sur la franchise en base de TVA. Pour piloter la marge par famille de produits, l'article sur la rentabilité d'une boulangerie donne les ratios de référence.
Le cabinet part de votre caisse, pas d'un tableau théorique. Il vérifie que chaque famille de produits porte le bon taux et que la ventilation déclarée correspond à ce qui est vendu.
JUM Advisory passe en revue votre catalogue de caisse, contrôle les taux du snacking, des boissons et des produits de saison, construit avec vous une clé de ventilation documentée pour les formules et prépare les déclarations de TVA. En cas de contrôle, le dossier est déjà prêt, ce que détaille l'article sur le contrôle fiscal en restaurant.
Le cabinet tient la comptabilité, suit les marges par famille et vous alerte quand un nouveau produit pose une question de taux. Pour en savoir plus, consultez la page expertise comptable restauration du cabinet ou celle de l'expert-comptable pour restaurant à Lyon, puis contactez le cabinet.
Se poser trois questions pour chaque produit : est-il préparé pour être mangé tout de suite, dans quel contenant part-il, et est-il consommé sur place.