Une annonce d'hôtel à vendre tient souvent en quelques lignes : nombre de chambres, chiffre d'affaires, « affaire saine », prix demandé. Pour un acheteur qui veut acheter un petit hôtel ou reprendre une affaire existante, ces quelques lignes ne permettent ni de juger la rentabilité ni de savoir si le prix est finançable. Le vrai travail commence quand on remplace chaque argument de l'annonce par une question et un document.
Cet article vous donne une méthode pour lire une annonce d'hôtel à reprendre, vérifier ce qui se cache derrière le chiffre d'affaires, chiffrer une offre cohérente avec votre capacité de remboursement et anticiper les coûts qui s'ajoutent au prix. Il ne donne pas de prix de marché : il n'existe pas de barème officiel, et chaque hôtel se valorise sur ses propres chiffres.
Les règles citées sont vérifiées au 19 octobre 2026. L'exemple chiffré est fictif.
Trois choses très différentes se cachent derrière la même formule : les murs et le fonds, le fonds seul, ou les parts de la société qui exploite. Le prix, les droits à payer et les risques repris changent complètement d'une configuration à l'autre.
Acheter les murs et le fonds, c'est devenir propriétaire de l'immeuble et de l'exploitation. Acheter le fonds seul, c'est reprendre la clientèle, l'enseigne, le matériel, les contrats et le droit au bail, en restant locataire. Dans une acquisition du fonds seul, le bail commercial devient l'actif le plus important du dossier : sa durée restante, son loyer et la répartition des travaux décident de la rentabilité future. Les enjeux propres à chaque montage sont détaillés dans l'article acheter un hôtel.
Quand l'annonce porte sur les parts ou les actions, l'acheteur reprend la société avec tout son historique : dettes, litiges, contrôles fiscaux et sociaux possibles. Le montage est plus léger en formalités, mais il impose un audit approfondi et une garantie d'actif et de passif bien rédigée. Un cabinet comptable spécialisé en hôtellerie sait lire ces comptes et repérer ce qui doit être couvert par la garantie.
La part du chiffre d'affaires réalisée par le restaurant ou le bar, la dépendance aux plateformes de réservation, l'état des chambres, le temps de travail réel du couple exploitant, le montant des travaux de mise aux normes à venir. Ce sont pourtant ces éléments qui séparent un hôtel à reprendre rentable d'un hôtel qui ne tient que grâce au travail non rémunéré de ses propriétaires.
En le décomposant par activité et par mois. Un chiffre d'affaires global ne dit rien de la rentabilité, parce que l'hébergement, la restauration et le bar n'ont ni les mêmes marges ni les mêmes charges de personnel.
Demandez la ventilation du chiffre d'affaires sur trois exercices. Selon Service Public Entreprendre, les prestations d'hébergement d'un hôtel de tourisme relèvent du taux de TVA de 10 % en métropole ; un hôtel qui exploite aussi un restaurant et un bar applique des taux différents selon les ventes. La ventilation des taux dans les déclarations de TVA est donc un bon contrôle de cohérence de ce que le vendeur annonce. L'article sur la TVA en hôtellerie détaille ces règles.
Le chiffre d'affaires hébergement est le produit d'un taux d'occupation et d'un prix moyen par chambre. Un même chiffre peut venir d'un hôtel plein à prix bas ou d'un hôtel à moitié vide à prix élevé, et le potentiel de progression n'est pas le même. Exigez les statistiques mensuelles extraites du logiciel de réservation, pas un taux annuel arrondi. Les indicateurs à calculer sont présentés dans l'article sur le RevPAR, TRevPAR et GOPPAR.
L'excédent brut d'exploitation (EBE) mesure ce que l'exploitation dégage avant amortissements, frais financiers et impôt. Il doit être retraité : salaire normal de l'exploitant s'il ne se rémunère pas, loyer de marché si les murs appartiennent au vendeur, charges exceptionnelles ou non récurrentes. Un hôtel tenu par un couple qui travaille sept jours sur sept sans salaire affiche un EBE flatteur qui disparaîtra dès qu'il faudra payer un réceptionniste de nuit. L'article sur la rentabilité d'un hôtel détaille les postes à surveiller.
Le bail, la sécurité, le classement et le personnel. Chacun de ces points peut transformer une bonne affaire en dossier coûteux, et chacun se vérifie sur pièces.
Vérifiez la durée restante, le loyer et son mode de révision, la clause de destination, la répartition des travaux et des charges, la taxe foncière refacturée. Un bail qui arrive à échéance peu après la reprise expose à une renégociation du loyer, un bail qui met les gros travaux à la charge du locataire peut peser lourd sur un bâtiment ancien. L'article sur les charges, travaux et taxe foncière du bail commercial liste les clauses à relire.
Un hôtel est un établissement recevant du public de type O, selon la fiche Service Public sur les ERP, et un restaurant ou un bar intégré relève du type N. La catégorie dépend de l'effectif admis. Demandez le registre de sécurité, le dernier procès-verbal de la commission de sécurité et les justificatifs d'accessibilité. Un avis défavorable non levé ou des travaux de mise en conformité à venir se négocient avant l'offre, pas après la signature.
Le classement des hôtels est délivré dans le cadre de la procédure gérée par Atout France, après une visite d'un organisme de contrôle. Il a une durée de validité limitée : demandez la décision de classement et sa date, pour savoir si une nouvelle visite est proche et si l'état de l'hôtel permet de conserver le même nombre d'étoiles.
En cas de cession du fonds, les contrats de travail en cours sont transférés au repreneur, selon l'article L. 1224-1 du Code du travail. L'article L. 1224-2 prévoit que le nouvel employeur est tenu des obligations de l'ancien à la date du transfert, sauf exceptions, l'ancien employeur devant lui rembourser les sommes dues à cette date si la convention de cession n'en a pas tenu compte. Congés payés acquis, heures supplémentaires non payées et litiges prud'homaux en cours doivent donc être chiffrés et pris en compte dans le prix.
| Ce que dit l'annonce | La question à poser | Le document à demander |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | Quelle part pour l'hébergement, le petit-déjeuner, le bar, le restaurant ? | Trois derniers bilans et liasses fiscales, ventilation du CA par activité |
| « Belle rentabilité » | Quel EBE après salaire normal de l'exploitant et loyer de marché ? | Comptes de résultat détaillés, état des rémunérations du dirigeant |
| Taux d'occupation | Sur quelle période, avec quel prix moyen et quelle saisonnalité ? | Statistiques mensuelles du logiciel de réservation sur trois ans |
| Murs et fonds ou fonds seul | Bail commercial : durée restante, loyer, charges et travaux à la charge du locataire ? | Bail, avenants, dernier avis de taxe foncière refacturée |
| Hôtel classé | Date de la décision de classement et prochaine échéance ? | Décision de classement et rapport de visite |
| Mise aux normes faite | Date du dernier passage de la commission de sécurité et avis rendu ? | Registre de sécurité, procès-verbal de la commission, attestation d'accessibilité |
| Équipe en place | Effectif, contrats, ancienneté, litiges en cours ? | Registre unique du personnel, contrats, derniers bulletins |
Chaque point non documenté est un risque à chiffrer ou une condition suspensive à prévoir dans la promesse. Sur petit écran, le tableau peut défiler horizontalement.
Règles vérifiées le 19 octobre 2026 sur Service Public Entreprendre et le Code du travail.
En partant de l'EBE retraité et de votre capacité de remboursement, pas du prix affiché. Le bon prix est celui que l'exploitation peut rembourser tout en finançant les travaux et en vous rémunérant.
Les professionnels croisent plusieurs approches : un multiple de l'EBE retraité, une valorisation par la rentabilité attendue, une comparaison avec des transactions récentes connues, et pour les murs une évaluation immobilière. Aucune n'est officielle et les multiples varient selon l'emplacement, l'état et la catégorie de l'hôtel. Ces méthodes sont présentées dans l'article investir dans l'hôtellerie.
Prenons un hôtel de 20 chambres dont le fonds seul est proposé 800 000 euros. L'EBE affiché est de 150 000 euros, mais l'exploitant ne se verse aucun salaire. Après retraitement d'une rémunération de gérant de 45 000 euros charges comprises, l'EBE retraité tombe à 105 000 euros. Le besoin total s'établit à 900 000 euros : prix du fonds, droits d'enregistrement d'environ 35 310 euros, et une enveloppe de 64 690 euros pour les frais et premiers travaux. Avec 300 000 euros d'apport, il reste 600 000 euros à emprunter. Sur sept ans, à un taux hypothétique de 4,5 %, l'annuité atteint environ 100 000 euros. L'EBE retraité couvre à peine l'emprunt, sans marge pour l'impôt, le renouvellement des chambres ou une mauvaise saison : l'offre doit être revue, l'apport augmenté ou la durée allongée. Le simulateur d'emprunt professionnel permet de tester d'autres hypothèses.
Selon la fiche Service Public sur la cession d'un fonds de commerce, les droits d'enregistrement sont de 0 % jusqu'à 23 000 euros, 3 % de 23 000 à 200 000 euros et 5 % au-delà, à la charge de l'acheteur sauf clause contraire. Pour les murs, ce sont les droits de mutation immobiliers, à faire chiffrer par le notaire. S'y ajoutent les honoraires de rédaction, l'audit, les frais de garantie bancaire, le stock et le besoin en fonds de roulement des premiers mois, souvent sous-estimé pour un hôtel saisonnier.
Par un apport personnel, un emprunt bancaire et parfois un crédit vendeur. La banque juge le dossier sur l'EBE retraité, l'expérience de l'acheteur et la solidité du prévisionnel.
La banque finance rarement la totalité de l'opération : l'apport sert à absorber les droits, les frais et une partie du prix. Elle demande en garantie un nantissement sur le fonds de commerce, dont le fonctionnement est détaillé dans l'article sur le nantissement du fonds de commerce, et souvent une caution du dirigeant.
Acheter le fonds par une société d'exploitation, éventuellement détenue par une holding, permet d'amortir certains éléments et de séparer patrimoine personnel et exploitation. Le fonds lui-même n'est en principe pas amorti, comme l'explique l'article sur l'amortissement du fonds de commerce : c'est une donnée à intégrer dans le prévisionnel fiscal.
Une lettre d'intention, un audit, une promesse avec conditions suspensives, puis l'acte de cession et ses formalités. Comptez plusieurs mois entre la première visite et la remise des clés.
La promesse doit au minimum prévoir l'obtention du financement, l'accord du bailleur ou le renouvellement du bail si nécessaire, et l'absence d'inscription ou d'opposition bloquante. Une condition liée à un avis favorable de sécurité est utile si un passage de la commission est attendu.
Le vendeur doit informer ses salariés du projet de cession pour leur permettre de présenter une offre. Selon Service Public, pour les cessions concernées, ce délai est d'au moins un mois avant la signature depuis le 27 juillet 2026 (il était de deux mois auparavant), et le défaut d'information expose à une condamnation pouvant atteindre 0,5 % du prix. Vérifiez que cette étape a bien été faite : un défaut fragilise la vente.
Après signature, l'acte est enregistré et publié dans un journal d'annonces légales, puis au Bodacc. Les créanciers du vendeur disposent de dix jours à compter de la publication au Bodacc pour faire opposition ; le prix est conservé par un séquestre et réparti dans les 105 jours suivant l'acte, selon Service Public. Pensez aussi à la taxe de séjour : son régime et ses tarifs sont fixés par la commune, à vérifier sur la fiche Service Public dédiée.
Le cabinet analyse les comptes de l'hôtel, retraite l'EBE, construit le prévisionnel et le plan de financement, puis prépare le dossier bancaire.
JUM Advisory lit les trois derniers bilans, rapproche le chiffre d'affaires des déclarations de TVA et des statistiques de réservation, chiffre les retraitements et les travaux, et vous indique le prix que l'exploitation peut supporter. Si l'hôtel exploite un restaurant, le cabinet s'appuie sur son expertise comptable en restauration pour analyser cette activité à part.
Le cabinet met en place la comptabilité, la paie et le suivi des indicateurs hôteliers dès le premier mois. Pour en savoir plus sur cet accompagnement d'expert-comptable pour hôtel, consultez la page dédiée, puis contactez le cabinet avec l'annonce qui vous intéresse.
Votre budget, votre apport et une liste de documents à réclamer. Arriver préparé à la première visite fait gagner des semaines.
Pour aller plus loin sur l'organisation après la reprise, l'article gérer un hôtel complète cette liste.