Combien vaut mon restaurant ? La plupart des dirigeants se posent la question bien avant d'envisager une vente concrète, pour négocier avec un associé, rassurer une banque ou simplement savoir où ils en sont. Ce n'est pas un sujet anecdotique : la restauration traditionnelle est, en France, le premier secteur de la transmission de fonds de commerce, et restaurants et débits de boissons concentrent à eux deux plus d'un tiers de l'ensemble des cessions de fonds de commerce du pays.
Pourtant, les méthodes de valorisation restent mal connues, et les repères qui circulent mélangent des périmètres très différents. Ce guide de JUM Advisory présente les méthodes réellement utilisées, y compris par l'administration fiscale elle-même, avec des chiffres sourcés plutôt que des approximations glanées en ligne. Pour les bases générales de la valorisation, hors spécificités de la franchise, notre article sur les méthodes et critères d'évaluation d'un restaurant reste une bonne porte d'entrée.
Selon le bilan Altares établi à partir des données Bodacc, la France a enregistré 29 766 ventes et cessions de fonds de commerce en 2025. La restauration traditionnelle y occupe la première place, avec 4 362 transactions à elle seule, devant la restauration rapide (3 119 cessions) et les cafés (2 509 cessions). Le secteur Hébergement-Restauration dans son ensemble représente 36,7 % des cessions de fonds réalisées en France cette année-là (10 929 sur 29 766).
Ce dynamisme ne signifie pas que la valorisation soit simple ou standardisée : les prix constatés varient fortement selon la zone, le type d'établissement et la qualité du dossier présenté, avec un prix moyen de 212 000 euros pour la restauration traditionnelle en 2025. C'est précisément ce qui rend une méthode rigoureuse indispensable, plutôt qu'un chiffre approximatif glané au hasard d'une conversation.
La première question à trancher n'est pas la méthode de calcul, mais l'objet même de l'opération : cède-t-on le fonds de commerce, ou les titres (parts ou actions) de la société qui l'exploite ? Ce sont deux opérations juridiquement distinctes, avec des conséquences différentes sur ce qui est transmis et sur ce qui reste à la charge du cédant.
Valoriser un fonds de commerce revient à estimer un actif isolé : la clientèle, l'emplacement, le matériel d'exploitation. Valoriser des titres revient à estimer une entreprise dans son ensemble, dette comprise, ce qui suppose généralement une garantie d'actif et de passif pour couvrir le repreneur contre un passif caché. Un même restaurant peut ainsi afficher deux montants très différents selon l'option retenue.
Contrairement à une idée répandue, il n'existe pas de barème officiel donnant un pourcentage du chiffre d'affaires par type de restaurant. Les barèmes qui circulent proviennent d'ouvrages professionnels à accès payant, dont les taux ne sont pas vérifiables en source ouverte.
Dans son guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, la DGFiP indique privilégier, pour les fonds de commerce de détail, une méthode par comparaison avec des cessions réellement observées, plutôt que des barèmes indicatifs. Concrètement, on identifie des cessions comparables, récentes et situées dans un périmètre géographique proche, puis on calcule le ratio moyen (prix de cession rapporté au chiffre d'affaires) qu'elles révèlent, avant de l'appliquer au chiffre d'affaires de l'établissement à évaluer. Ce ratio n'est jamais une conclusion en soi : il doit systématiquement être recoupé avec la rentabilité réelle de l'établissement.
Cette seconde méthode consiste à appliquer un coefficient à l'excédent brut d'exploitation retraité de l'établissement. Elle est particulièrement utile quand la rentabilité s'écarte nettement de la moyenne du secteur, à la hausse comme à la baisse, ce qu'un ratio appliqué au chiffre d'affaires ne capte pas toujours.
Le retraitement de l'EBE est l'étape la plus souvent négligée. Il s'agit de neutraliser les charges non récurrentes (travaux exceptionnels, litiges, sinistres) et de ramener la rémunération du dirigeant à un niveau de marché : une rémunération volontairement faible gonfle artificiellement l'EBE apparent, et l'inverse le dégrade tout autant. Pour situer un EBE retraité avant d'y appliquer un multiple, la Banque de France fournit un repère fiable : en 2024, la restauration affiche un taux d'excédent brut global médian de 8,8 % du chiffre d'affaires hors taxes, avec un premier quartile à 4,6 % et un troisième quartile à 13,9 %.
Au-delà des méthodes de calcul, plusieurs éléments concrets font varier significativement la valeur retenue. La durée résiduelle du bail, le niveau du loyer par rapport au marché local et la nature du bail conditionnent directement sa solidité : un excellent emplacement adossé à un bail expirant dans quelques mois vaut beaucoup moins qu'il n'y paraît.
La licence IV, qui autorise la vente de tous les alcools à consommer sur place, reste l'un des actifs les plus recherchés d'un établissement. Sa rareté est légale : l'ouverture d'un nouvel établissement de quatrième catégorie est interdite en dehors des cas très encadrés du code de la santé publique, ce qui explique une valeur marchande très variable selon la commune, comprise début 2026 entre 7 500 et 50 000 euros, sans qu'aucun barème officiel ne la fixe. Une autorisation de terrasse pérenne ajoute une capacité d'accueil qui se reflète dans la valeur, à l'inverse d'une simple tolérance municipale renouvelée chaque année. Enfin, les avis en ligne horodatés et le niveau de fréquentation observable documentent la solidité de la clientèle, l'élément juridiquement essentiel du fonds de commerce.
Point souvent découvert trop tard par les franchisés qui envisagent de vendre : la cession du fonds de commerce n'emporte pas, par elle-même, celle du contrat de franchise. La Cour de cassation applique de façon générale ce principe à l'ensemble des contrats liés à l'exploitation d'un fonds, un principe qui vaut aussi pour la franchise : sauf clause expresse le prévoyant, ces contrats ne sont pas transférés automatiquement à l'acquéreur.
Dans la pratique, la plupart des contrats de franchise comportent une clause d'agrément, par laquelle le franchiseur doit approuver le repreneur, et parfois une clause de préemption. Une décision de la cour d'appel de Montpellier illustre ce principe de façon frappante : le franchiseur peut refuser d'agréer un repreneur sans avoir à justifier précisément son refus, dès lors qu'il agit dans l'intérêt de son réseau. Un repreneur non agréé ne pourra pas reprendre l'enseigne, ce qui peut réduire fortement l'attractivité du fonds pour certains acquéreurs. Relire son contrat de franchise devrait être le tout premier réflexe d'un franchisé qui envisage de vendre, avant même la première estimation chiffrée.
La plupart des valorisations erronées ne viennent pas d'une mauvaise méthode, mais d'une mauvaise application d'une bonne méthode. Confondre chiffre d'affaires et rentabilité en est l'exemple le plus fréquent : deux restaurants au même chiffre d'affaires peuvent avoir des valeurs très différentes selon leur structure de coûts, et c'est l'EBE retraité, pas le CA brut, qui porte la méthode du multiple.
Oublier de retraiter la rémunération du dirigeant fausse mécaniquement l'EBE dans les structures familiales. Ignorer l'état du bail ou ne pas vérifier la clause d'agrément d'un contrat de franchise avant de chiffrer peut remettre en cause l'opération dans son ensemble, quelle que soit la valeur calculée en amont. Chacune de ces erreurs a une traduction concrète au moment de la négociation : un dossier fragile perd en crédibilité face à un repreneur ou une banque, et une valeur mal justifiée s'expose à une remise en cause en cas de contrôle.
JUM Advisory est un cabinet d'expertise comptable spécialisé dans l'accompagnement des restaurants et des franchisés en restauration, qui couvre la tenue comptable, le pilotage financier, la gestion sociale et le conseil en stratégie franchise. La valorisation ne se résume jamais à l'application mécanique d'une formule : elle suppose un diagnostic préalable de l'établissement, un retraitement rigoureux des comptes, le choix motivé d'une ou plusieurs méthodes complémentaires, et leur confrontation avec des comparables réels et récents, exactement la démarche suivie par l'administration fiscale dans son propre guide d'évaluation.
Pour un restaurateur indépendant, cela se traduit par un diagnostic de valorisation adapté à sa structure (fonds ou société), le retraitement complet de son EBE et la recherche de comparables pertinents dans sa zone. Pour un franchisé, JUM Advisory ajoute la vérification préalable des clauses de cession, d'agrément et de préemption du contrat de franchise, avant même de lancer le chiffrage, pour éviter qu'une opération bien valorisée sur le papier ne bute sur un refus d'agrément découvert trop tard.
Le guide "Valoriser son restaurant, indépendant ou franchisé" de JUM Advisory détaille l'ensemble de ces méthodes, avec les repères chiffrés sourcés (Altares, Banque de France, DGFiP) et les points de vigilance propres aux franchisés. Pour une analyse adaptée à votre situation, l'équipe de JUM Advisory est à votre disposition : pmeniaud@jum-advisory.com ou 06 77 08 81 22.
Téléchargez le guide complet.