10/7/2026

Seuil de rentabilité : calcul, graphique et exercices corrigés

Comment calculer le seuil de rentabilité ? Formule, calcul en valeur et en quantité, point mort, graphique et exercices corrigés avec exemples chiffrés.
Pierre Meniaud

Qu'est-ce que le seuil de rentabilité ?

Le seuil de rentabilité, aussi appelé point mort, est le niveau de chiffre d'affaires à partir duquel une entreprise couvre l'intégralité de ses charges. En dessous de ce seuil, elle perd de l'argent. Au-dessus, chaque euro de chiffre d'affaires supplémentaire contribue au bénéfice.

C'est l'un des calculs les plus utiles pour un dirigeant : il transforme une question abstraite (« mon activité est-elle viable ? ») en un objectif concret (« je dois réaliser 45 000 € de CA par mois »).

Distinguer charges fixes et charges variables : l'étape indispensable

Tout le calcul repose sur une distinction simple :

  • Les charges fixes ne dépendent pas du niveau d'activité : loyer, salaires de l'équipe permanente, assurances, abonnements, remboursements d'emprunt.
  • Les charges variables évoluent proportionnellement au chiffre d'affaires : achats de matières premières, emballages, commissions.

Exemple de ventilation pour un restaurant :

Nature de la chargeTypeMontant mensuel
Loyer du localFixe2 500 €
Salaires et charges (équipe fixe)Fixe9 000 €
Assurances, abonnements, expert-comptableFixe1 000 €
Remboursement d'empruntFixe1 500 €
Achats de matières premièresVariable30 % du CA
Emballages et consommablesVariable5 % du CA
Commissions plateformes de livraisonVariable5 % du CA

La formule du seuil de rentabilité

Le calcul se fait en trois étapes.

Étape 1 : calculer le taux de marge sur coûts variables

Taux de marge sur coûts variables (TMCV) = (CA - Charges variables) / CA

Dans notre exemple, les charges variables représentent 40 % du CA (30 % + 5 % + 5 %). Le TMCV est donc de 60 % : sur 100 € de ventes, 60 € restent disponibles pour couvrir les charges fixes.

Étape 2 : calculer le seuil de rentabilité en valeur

Seuil de rentabilité = Charges fixes / TMCV

Charges fixes mensuelles : 2 500 + 9 000 + 1 000 + 1 500 = 14 000 €. Seuil de rentabilité = 14 000 / 0,60 = 23 333 € de CA HT par mois.

Étape 3 : traduire en point mort concret

Avec un ticket moyen de 25 € HT, le restaurant doit servir 23 333 / 25 = 933 couverts par mois, soit environ 36 couverts par jour sur 26 jours d'ouverture. Ce chiffre parle immédiatement à un exploitant : dès le 36e couvert de la journée, il gagne de l'argent.

Le seuil de rentabilité en quantité

Pour une activité qui vend un produit homogène, on peut calculer directement en volume :

Seuil en quantité = Charges fixes / Marge sur coût variable unitaire

Exemple : une pizza vendue 12 € HT avec 3,60 € de coût matières dégage une marge sur coût variable de 8,40 €. Avec 7 560 € de charges fixes mensuelles, le point mort est de 7 560 / 8,40 = 900 pizzas par mois.

Comment représenter le seuil de rentabilité sur un graphique ?

Le graphique classique croise deux droites en fonction du chiffre d'affaires (axe horizontal) :

  • La droite des charges totales : elle démarre au montant des charges fixes (même à 0 € de CA, elles existent) et monte avec la part variable.
  • La droite du chiffre d'affaires : elle part de l'origine avec une pente de 1.

Le point d'intersection des deux droites est le seuil de rentabilité. À gauche, la zone de perte ; à droite, la zone de bénéfice. Cette représentation est très utile pour visualiser la marge de sécurité : l'écart entre votre CA actuel et le point mort.

Exercice corrigé n°1 : entreprise de services

Énoncé : une agence facture 80 000 € de prestations par an. Ses charges variables (sous-traitance, frais de mission) représentent 20 % du CA. Ses charges fixes annuelles s'élèvent à 52 000 €. Quel est son seuil de rentabilité ?

Corrigé : TMCV = 1 - 0,20 = 80 %. Seuil = 52 000 / 0,80 = 65 000 €. L'agence est rentable puisqu'elle facture 80 000 €. Sa marge de sécurité est de 15 000 €, soit 18,75 % de son CA : elle peut perdre jusqu'à 18,75 % de son activité avant de passer en perte.

Exercice corrigé n°2 : calcul du point mort en jours

Énoncé : une boutique réalise 240 000 € de CA annuel régulier, avec un seuil de rentabilité de 180 000 €. À quelle date atteint-elle son point mort ?

Corrigé : Point mort en jours = (Seuil / CA) × 360 = (180 000 / 240 000) × 360 = 270 jours. L'entreprise couvre ses charges au bout de 9 mois : elle « travaille pour elle » à partir d'octobre.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Oublier la rémunération du dirigeant dans les charges fixes : un seuil atteint sans pouvoir se payer n'a aucun sens.
  • Raisonner en TTC : tous les calculs se font hors taxes, la TVA n'est ni une charge ni un produit.
  • Figer le calcul : les charges évoluent, le seuil de rentabilité doit être recalculé à chaque changement significatif (embauche, nouveau loyer, hausse des matières).

Le compte de résultat différentiel : l'outil derrière le calcul

Le calcul du seuil de rentabilité s'appuie sur une présentation particulière du compte de résultat, appelée compte de résultat différentiel. Au lieu de classer les charges par nature (achats, personnel, impôts), on les classe par comportement :

  • Chiffre d'affaires HT
  • - Charges variables
  • = Marge sur coûts variables (MCV)
  • - Charges fixes
  • = Résultat

Cette présentation rend le raisonnement limpide : la marge sur coûts variables est le « carburant » qui doit d'abord couvrir les charges fixes. Le résultat n'apparaît qu'une fois ce plein effectué. Le seuil de rentabilité est simplement le chiffre d'affaires pour lequel MCV = charges fixes, c'est-à-dire un résultat exactement nul.

Reprenons notre restaurant : à 30 000 € de CA mensuel, la MCV est de 18 000 € (60 %), les charges fixes de 14 000 €, le résultat de 4 000 €. À 23 333 € de CA, la MCV tombe à 14 000 € : le résultat est nul, nous sommes exactement au seuil.

La marge de sécurité et l'indice de sécurité

Connaître son seuil ne suffit pas : il faut mesurer la distance qui vous en sépare. Deux indicateurs complètent le calcul :

  • Marge de sécurité = CA réel - Seuil de rentabilité. C'est le chiffre d'affaires que vous pouvez perdre avant de passer en perte.
  • Indice de sécurité = Marge de sécurité / CA réel. Exprimé en pourcentage, il permet de comparer des activités de tailles différentes.

Exemple : notre restaurant réalise 30 000 € de CA mensuel pour un seuil de 23 333 €. Sa marge de sécurité est de 6 667 €, son indice de sécurité de 22 %. Concrètement : une baisse de fréquentation de 22 % le ferait passer en perte. Un indice inférieur à 10 % signale une entreprise vulnérable au moindre aléa ; au-delà de 20 %, la structure est confortable.

Le levier opérationnel : pourquoi deux entreprises identiques ne réagissent pas pareil

Le seuil de rentabilité révèle aussi la sensibilité du résultat aux variations d'activité, ce qu'on appelle le levier opérationnel. Une entreprise à charges fixes élevées et fort TMCV (une salle de sport, un éditeur de logiciel) voit son résultat s'envoler dès le seuil franchi, mais plonge tout aussi vite en cas de baisse. Une entreprise à coûts majoritairement variables (négoce, sous-traitance systématique) est moins rentable en haut de cycle mais beaucoup plus résistante en bas de cycle.

C'est un vrai choix de gestion : internaliser (charges fixes, meilleur TMCV) ou externaliser (charges variables, seuil plus bas). Le calcul du seuil permet d'objectiver cet arbitrage avant chaque décision structurante : embauche, achat de machine, signature d'un bail.

Exercice corrigé n°3 : faut-il embaucher ?

Énoncé : une entreprise de services réalise 300 000 € de CA avec un TMCV de 80 % et 190 000 € de charges fixes. Elle envisage une embauche à 45 000 € chargés qui lui permettrait de facturer 70 000 € de plus. Quel est l'impact sur le seuil de rentabilité et sur le résultat ?

Corrigé :

  • Situation actuelle : seuil = 190 000 / 0,80 = 237 500 €. Résultat = (300 000 × 0,80) - 190 000 = 50 000 €.
  • Après embauche : charges fixes = 235 000 €. Seuil = 235 000 / 0,80 = 293 750 €. CA attendu = 370 000 €. Résultat = (370 000 × 0,80) - 235 000 = 61 000 €.

Le résultat progresse de 11 000 €, mais le seuil bondit de 56 250 € et l'indice de sécurité recule de 20,8 % à 20,6 %. L'embauche est rentable si le CA supplémentaire est fiable ; si les 70 000 € sont incertains, l'entreprise a intérêt à sécuriser d'abord une partie du carnet de commandes. C'est exactement le type d'arbitrage que le seuil de rentabilité permet de chiffrer froidement.

Le seuil de rentabilité dans le business plan

En création d'entreprise, le seuil de rentabilité est l'un des premiers chiffres que regardent les banquiers et les investisseurs, car il condense la crédibilité du projet : un prévisionnel qui suppose d'atteindre le point mort à 90 % de la capacité maximale du local est structurellement fragile ; un projet dont le seuil correspond à 50-60 % de la capacité laisse de la place aux imprévus.

Trois bonnes pratiques pour le prévisionnel :

  • Calculer le seuil dès la première année, en incluant la rémunération minimale dont le créateur a besoin pour vivre.
  • Exprimer le point mort en unités opérationnelles (couverts, paniers, heures facturées, abonnés) : c'est le seul format que l'on peut confronter à la réalité du terrain.
  • Tester la sensibilité : que devient le seuil si le coût matières augmente de 3 points ? Si le loyer est 15 % plus cher ? Un projet robuste survit à ces variations.

Les taux de marge sur coûts variables par secteur

Le TMCV varie fortement d'un métier à l'autre, ce qui explique pourquoi deux entreprises au même niveau de charges fixes peuvent avoir des seuils très différents :

Secteur d'activitéCharges variables typiquesTMCV indicatif
Restauration traditionnelleMatières 28-33 %, consommables 5 %60 à 67 %
Commerce de détailAchats de marchandises 50-65 %35 à 50 %
Prestations de services / conseilSous-traitance et frais de mission 10-25 %75 à 90 %
E-commerceAchats 40-55 %, logistique 10-15 %, acquisition 5-15 %20 à 40 %
Artisanat du bâtimentMatériaux 30-40 %, sous-traitance variable50 à 65 %

Ces fourchettes sont indicatives : votre propre TMCV se calcule à partir de votre comptabilité, en reclassant chaque poste de charge en fixe ou variable. Certaines charges sont semi-variables (l'énergie d'un four, les commissions bancaires) : on les ventile entre une part fixe et une part proportionnelle, ou on les affecte par convention à la catégorie dominante.

Construire son calculateur de seuil de rentabilité sur Excel

Un simple tableur suffit pour disposer d'un calculateur permanent :

  • Cellules d'entrée : charges fixes annuelles, taux de charges variables, prix de vente moyen, nombre de jours d'ouverture.
  • Formules : TMCV = 1 - taux de charges variables ; seuil en valeur = charges fixes / TMCV ; seuil en volume = seuil en valeur / prix moyen ; point mort journalier = seuil en volume / jours d'ouverture.
  • Une ligne « CA réel » et une ligne « marge de sécurité » complètent le tableau de bord.

L'intérêt de ce calculateur est de le faire vivre : actualisez les charges fixes à chaque changement (bail, embauche, emprunt) et le taux de charges variables à chaque évolution significative des achats. Le point mort journalier devient alors un repère de pilotage quotidien, exactement comme le suivi du food cost en restauration.

Seuil de rentabilité, rentabilité et profitabilité : ne pas confondre

Trois notions voisines, trois questions différentes :

  • Le seuil de rentabilité répond à « à partir de quel CA suis-je bénéficiaire ? »
  • La profitabilité rapporte le résultat au chiffre d'affaires (résultat net / CA) : « combien chaque euro vendu laisse-t-il de bénéfice ? »
  • La rentabilité rapporte le résultat aux capitaux investis (rentabilité économique ou financière) : « mes capitaux sont-ils bien employés ? »

Un pilotage complet articule les trois : le seuil sécurise l'exploitation au quotidien, la profitabilité mesure la qualité du modèle, la rentabilité éclaire les décisions d'investissement.

Seuil de rentabilité et saisonnalité : le point mort n'est pas linéaire

Le calcul classique suppose une activité régulière sur l'année. Pour une activité saisonnière, ce raccourci fausse tout : un glacier qui réalise 70 % de son CA entre mai et septembre n'atteint pas son point mort « au 270e jour » de façon linéaire, il le franchit d'un coup pendant la haute saison, après des mois entiers passés sous l'eau. Deux adaptations s'imposent :

  • Calculer un seuil par période : un point mort de haute saison (avec les charges variables et les renforts de personnel du pic) et un point mort de basse saison, qui révèle souvent que certains mois ne peuvent structurellement pas être rentables ; la question devient alors « combien la haute saison doit-elle dégager pour financer la basse ? »
  • Coupler le seuil au plan de trésorerie : une activité saisonnière rentable à l'année peut mourir d'un creux de trésorerie en avant-saison. Le seuil dit si le modèle gagne de l'argent ; le plan de trésorerie dit s'il survit jusqu'à l'encaisser.

Petit lexique du seuil de rentabilité

  • Charges fixes (ou charges de structure) : charges indépendantes du volume d'activité sur la période considérée. À long terme, toutes les charges deviennent variables : le caractère fixe s'apprécie sur l'horizon du calcul.
  • Charges variables (ou opérationnelles) : charges proportionnelles au chiffre d'affaires ou aux quantités produites.
  • Marge sur coûts variables (MCV) : chiffre d'affaires diminué des charges variables ; ce qui reste pour couvrir les charges fixes puis former le résultat.
  • Taux de MCV (TMCV) : MCV rapportée au chiffre d'affaires, exprimée en pourcentage.
  • Point mort : traduction du seuil de rentabilité en jours d'activité ou en unités vendues.
  • Marge et indice de sécurité : distance entre le CA réel et le seuil, en euros puis en pourcentage du CA.
  • Levier opérationnel : sensibilité du résultat à une variation du chiffre d'affaires, d'autant plus forte que les charges fixes pèsent lourd.

Maîtriser ce vocabulaire n'est pas un luxe académique : c'est la langue commune avec votre banquier et votre expert-comptable, et la condition pour lire un prévisionnel autrement qu'en spectateur.

Ce qu'il faut retenir sur le seuil de rentabilité

Le seuil de rentabilité se calcule en divisant les charges fixes par le taux de marge sur coûts variables. Il se décline en valeur (euros de CA), en quantité (unités à vendre) et en temps (point mort en jours). Complété par la marge de sécurité, il devient un véritable instrument de décision : viabilité d'un projet de création, opportunité d'une embauche ou d'un investissement, fixation des objectifs commerciaux. Sa seule exigence : une ventilation honnête des charges entre fixes et variables, rémunération du dirigeant comprise, et une mise à jour à chaque évolution de la structure de coûts.

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Le calcul du seuil de rentabilité est au cœur de tout prévisionnel financier sérieux. Les équipes de JUM Advisory le construisent avec vous en phase de création, de reprise ou de développement, puis le suivent dans le temps pour transformer ce chiffre en véritable outil de pilotage. Contactez-nous pour un premier échange.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Pour toute décision relative à la gestion ou à la fiscalité de votre entreprise, nous vous recommandons de consulter un professionnel qualifié.

FAQs
Vos questions fréquentes

Qu'est-ce que le seuil de rentabilité ?

Quelle est la formule du seuil de rentabilité ?

Quelle différence entre seuil de rentabilité et point mort ?

Comment calculer le seuil de rentabilité en quantité ?

Comment calculer le point mort en jours ?

Faut-il inclure la rémunération du dirigeant dans le calcul ?

Le calcul se fait-il en HT ou en TTC ?

À quelle fréquence recalculer son seuil de rentabilité ?