Votre entreprise fait construire un bâtiment, fabriquer une machine sur mesure ou développer un équipement qui prendra plusieurs mois à être livré ? Pendant toute cette période de fabrication ou de construction, le bien n'existe pas encore en tant qu'immobilisation utilisable. Mais l'entreprise engage déjà des dépenses qui le concernent. C'est là qu'interviennent les immobilisations en cours et leur compte dédié, le compte 23.
Dans ce guide, on vous explique ce que sont les immobilisations en cours, comment les suivre avec le compte 23, et comment les basculer en immobilisation définitive à l'achèvement. On suit l'exemple de la Menuiserie Berthier, qui fait construire un nouvel atelier, pour rendre chaque écriture concrète. Comme toujours sur ces sujets techniques, ce guide est pédagogique et votre expert-comptable reste l'interlocuteur de référence.
Une immobilisation en cours est un bien durable que l'entreprise est en train d'acquérir, de construire ou de produire, mais qui n'est pas encore achevé ni mis en service à la clôture de l'exercice. C'est une immobilisation en devenir : les dépenses s'accumulent, le bien se construit, mais il n'est pas encore opérationnel.
La logique comptable est la suivante. On ne peut pas inscrire directement ces dépenses dans le compte d'immobilisation définitif, puisque le bien n'est pas terminé. On ne peut pas non plus les laisser en charges, car elles concernent un actif durable en formation. Il faut donc un compte intermédiaire qui accueille ces dépenses au fil de leur engagement, le temps que le bien soit achevé : c'est le compte 23.
Pour la Menuiserie Berthier, le cas est concret. Le gérant fait construire un nouvel atelier pour agrandir sa capacité de production. Le chantier s'étale sur plusieurs mois et donne lieu à des paiements échelonnés aux entreprises du bâtiment. Tant que l'atelier n'est pas achevé, ces dépenses s'accumulent dans le compte d'immobilisations en cours, sans pouvoir être encore inscrites comme un bâtiment opérationnel.
Le compte 23, intitulé « immobilisations en cours », est le compte qui suit les biens durables en cours d'acquisition ou de production. Il accueille les dépenses au fur et à mesure de l'avancement du chantier ou de la fabrication, jusqu'à l'achèvement du bien.
Ce compte joue un rôle de réceptacle temporaire, comparable dans son principe à celui du compte 238 pour les acomptes, mais avec une vocation différente. Là où le compte 238 enregistre une avance ponctuelle versée sur une commande, le compte 23 suit l'ensemble des dépenses d'un bien qui se construit progressivement, souvent par étapes. Il figure à l'actif du bilan, dans les immobilisations, mais dans une rubrique distincte des immobilisations achevées.
L'intérêt du compte 23 est qu'il permet de suivre précisément le coût d'un bien en construction, dépense après dépense. Pour la Menuiserie Berthier, chaque facture du maçon, du couvreur ou de l'électricien vient alimenter le compte 23 de l'atelier en construction. Le gérant voit ainsi grossir, au fil du chantier, la valeur de son futur bâtiment, avant que celui-ci ne devienne une immobilisation à part entière.
Pendant la construction ou la fabrication, chaque dépense relative au bien en cours est enregistrée au débit du compte 23. Concrètement, à chaque facture reçue, on débite le compte d'immobilisations en cours pour le montant hors taxes, on traite la TVA déductible, et on crédite le fournisseur ou l'entreprise concernée.
Pour la Menuiserie Berthier, supposons que le chantier de l'atelier donne lieu à plusieurs factures successives : 30 000 € pour le gros œuvre, 20 000 € pour la charpente et la couverture, 15 000 € pour les aménagements et installations. Chacune de ces factures vient, à sa date, alimenter le compte 23. Au fil du chantier, le compte d'immobilisations en cours de l'atelier monte ainsi progressivement, reflétant l'avancement réel des travaux.
Un point essentiel pendant cette phase : le bien en cours ne s'amortit pas. Tant que l'atelier n'est pas achevé et mis en service, aucune dotation aux amortissements n'est constatée. Le compte 23 accumule les dépenses, mais l'amortissement attendra la mise en service. Cette règle est la même que pour les acomptes : pas de bien opérationnel, pas d'amortissement.
Vient le moment clé : l'achèvement du bien. Une fois la construction terminée et le bien prêt à être mis en service, il faut le transférer du compte 23 vers le compte d'immobilisation définitif correspondant. Le bien quitte son statut de « en cours » pour devenir une immobilisation à part entière.
L'écriture de basculement débite le compte d'immobilisation définitif (par exemple le compte de constructions) pour la valeur totale accumulée, et crédite le compte 23 pour le même montant, le soldant ainsi. Le bien figure désormais à l'actif comme une immobilisation achevée, pour son coût total de production ou de construction, et son rôle d'immobilisation en cours est terminé.
Pour la Menuiserie Berthier, à l'achèvement de l'atelier, le compte 23 a accumulé 65 000 € (30 000 + 20 000 + 15 000). L'écriture de basculement débite le compte de constructions de 65 000 € et solde le compte 23. L'atelier devient une immobilisation définitive, valorisée 65 000 €, et c'est à cette mise en service que démarre son amortissement, sur la durée d'utilisation retenue pour un bâtiment.
Comme on l'a vu, l'amortissement ne commence qu'à la mise en service du bien achevé, jamais pendant la phase de construction. C'est un principe constant pour toutes les immobilisations : on amortit un bien à partir du moment où il sert réellement à l'activité, pas avant.
Pour un bien passé par le compte 23, le point de départ de l'amortissement est donc la date d'achèvement et de mise en service, qui coïncide avec le basculement vers le compte d'immobilisation définitif. La durée d'amortissement retenue dépend de la nature du bien : longue pour un bâtiment, plus courte pour une machine. Cette durée doit refléter l'utilisation réelle attendue.
Pour la Menuiserie Berthier, l'atelier achevé commence à s'amortir à sa mise en service, sur une durée longue propre aux constructions. Pendant toute la durée du chantier, en revanche, aucune dotation n'a couru : les 65 000 € dormaient dans le compte 23 sans générer d'amortissement. C'est seulement le bâtiment opérationnel qui entre dans le cycle d'amortissement, ce qui est logique puisque c'est lui qui sert désormais l'activité.
Une nuance importante apparaît lorsque l'entreprise construit le bien par ses propres moyens, et non en faisant appel à des tiers. Dans ce cas, le suivi en immobilisation en cours se combine avec le mécanisme de la production immobilisée. Les charges internes de production (main-d'œuvre, matières) sont engagées, et la valeur produite est constatée via le compte de production immobilisée.
Concrètement, un bien construit en interne et non achevé à la clôture peut figurer en immobilisation en cours, avec constatation de la production immobilisée correspondante. À l'achèvement, le bien bascule en immobilisation définitive comme dans le cas d'une construction externe. Les deux mécanismes, immobilisation en cours et production immobilisée, se conjuguent alors.
Pour la Menuiserie Berthier, l'atelier est construit par des entreprises extérieures, ce qui relève de la pure immobilisation en cours alimentée par leurs factures. Mais si le gérant avait fait réaliser une partie des aménagements par ses propres compagnons, cette part aurait relevé de la production immobilisée, suivie elle aussi via le compte 23 jusqu'à l'achèvement. Ce type de combinaison est précisément ce que l'expert-comptable cadre selon l'organisation du chantier.
La première erreur est de passer directement les dépenses de construction en charges, comme s'il s'agissait de dépenses courantes. Les frais d'un bien durable en construction relèvent du compte 23, pas des charges. Les passer en charges écrase le résultat et fait disparaître l'actif en formation.
La deuxième erreur est d'inscrire les dépenses directement au compte d'immobilisation définitif avant l'achèvement. Tant que le bien n'est pas terminé et mis en service, il relève du compte 23. L'inscrire prématurément en immobilisation achevée et l'amortir serait une faute.
La troisième erreur est d'oublier de solder le compte 23 à l'achèvement. Si le bien est achevé et mis en service mais que les dépenses restent coincées dans le compte d'immobilisations en cours, le bilan ne reflète pas correctement la situation. La quatrième est de démarrer l'amortissement trop tôt. Tous ces points gagnent à être verrouillés avec votre expert-comptable.
Deux comptes peuvent prêter à confusion lorsqu'un bien n'est pas encore livré ou achevé : le compte 23 des immobilisations en cours et le compte 238 des acomptes versés sur commandes d'immobilisations. Tous deux figurent à l'actif et concernent des biens pas encore opérationnels, mais ils répondent à des situations différentes.
Le compte 238 enregistre une avance ponctuelle versée à un fournisseur sur une commande d'immobilisation qui sera livrée en l'état, une fois terminée. C'est une somme versée d'avance, en attente de la livraison du bien fini. Le compte 23, lui, suit l'accumulation progressive des dépenses d'un bien qui se construit ou se fabrique par étapes, qu'il s'agisse de travaux successifs ou d'une production interne échelonnée.
En pratique, la frontière n'est pas toujours étanche, et une même opération peut mobiliser les deux comptes : un acompte au compte 238 à la commande, puis un suivi en compte 23 si le bien se construit sur la durée. Pour la Menuiserie Berthier, la construction de l'atelier par des entreprises du bâtiment, avec des paiements échelonnés selon l'avancement, relève du compte 23. Une machine commandée avec acompte puis livrée finie relèverait plutôt du compte 238. Votre expert-comptable oriente chaque opération vers le bon compte selon sa nature.
Le suivi des immobilisations en cours, avec ses écritures échelonnées, son basculement à l'achèvement et son articulation éventuelle avec la production immobilisée, est une mécanique où l'expert-comptable sécurise chaque étape. Il enregistre correctement les dépenses au compte 23 au fil du chantier, suit l'accumulation des coûts, et procède au basculement vers l'immobilisation définitive au bon moment.
Il cale aussi le départ de l'amortissement sur la date exacte de mise en service, gère le traitement de la TVA sur les différentes factures, et combine le cas échéant immobilisation en cours et production immobilisée. Sur un chantier de plusieurs mois ou à cheval sur deux exercices, ce suivi rigoureux évite les erreurs de rattachement et les incohérences de bilan.
Pour la Menuiserie Berthier, l'accompagnement a permis de suivre proprement le coût de l'atelier tout au long du chantier, de le basculer en immobilisation définitive à l'achèvement, et de démarrer son amortissement à la bonne date. Le gérant a ainsi disposé d'une vision claire du coût réel de son investissement, étape par étape, sans erreur de comptabilisation.
Les immobilisations en cours, suivies dans le compte 23, permettent de comptabiliser un bien durable en cours d'acquisition ou de construction, en accumulant ses dépenses jusqu'à l'achèvement. À la mise en service, le bien bascule vers le compte d'immobilisation définitif et commence à s'amortir. Ce suivi, qui peut se combiner avec la production immobilisée, gagne à être confié à un expert-comptable, surtout pour les chantiers longs.
Chez Jum Advisory, on accompagne les dirigeants sur le suivi de leurs immobilisations en cours : écritures au compte 23, suivi des coûts de chantier, basculement à l'achèvement et départ de l'amortissement. Parce qu'un investissement en construction mérite un suivi précis, le premier rendez-vous est offert, pour étudier ensemble vos projets en cours et leur comptabilisation.