La convention de trésorerie est le contrat qui organise les flux financiers entre les sociétés d'un même groupe : avances de fonds, prêts entre sociétés sœurs, centralisation de la trésorerie au niveau de la holding (le cash pooling). Elle permet à une société excédentaire de financer une société du groupe qui a un besoin, sans passer par la banque.
Exemple : une holding détient deux filiales. La filiale A dégage 150 000 € de trésorerie excédentaire tandis que la filiale B doit financer 80 000 € de stocks pour sa saison haute. Plutôt que de laisser dormir l'argent de A et de faire souscrire un crédit court terme à B, le groupe organise une avance de A vers B, encadrée par la convention.
Prêter de l'argent de manière habituelle est en principe réservé aux établissements de crédit : c'est le monopole bancaire. L'article L. 511-7 du Code monétaire et financier prévoit toutefois une exception pour les opérations de trésorerie entre sociétés ayant entre elles, directement ou indirectement, des liens de capital conférant à l'une d'elles un pouvoir de contrôle effectif sur les autres.
La convention matérialise cette exception : elle prouve que les flux s'inscrivent dans une gestion de groupe organisée, et non dans une activité de crédit déguisée.
C'est le point le plus sensible. Le taux doit refléter des conditions normales de marché :
En pratique : la plupart des groupes retiennent le taux de référence fiscal de la période, éventuellement majoré d'une marge justifiée par le profil de risque de l'emprunteur. La méthode de calcul doit figurer dans la convention et être appliquée de manière cohérente.
Dans les groupes structurés autour d'une holding animatrice, la convention organise souvent une centralisation de trésorerie : chaque filiale remonte quotidiennement ou mensuellement ses excédents vers un compte pivot tenu par la holding, qui redistribue selon les besoins.
Les avantages sont concrets : réduction des frais bancaires et des agios (les découverts d'une société sont compensés par les excédents d'une autre), meilleure capacité de négociation avec les banques, vision consolidée de la trésorerie du groupe. La convention doit alors préciser le rôle de centralisateur de la holding, les modalités de calcul des intérêts créditeurs et débiteurs de chaque participant et les règles de sortie du dispositif.
Les avances entre sociétés du groupe s'enregistrent dans les comptes courants : compte 451 « Groupe » chez les deux parties, les intérêts étant constatés en produits financiers (compte 768) chez le prêteur et en charges financières (compte 668) chez l'emprunteur. Un suivi rigoureux des positions et un arrêté des intérêts au moins annuel sont indispensables.
La confusion est fréquente. Le compte courant d'associé concerne les sommes qu'un associé (personne physique ou morale) laisse à la disposition de sa société : c'est une relation associé-société. La convention de trésorerie organise les flux entre sociétés d'un même groupe : c'est une relation société-société, rendue possible par l'exception au monopole bancaire.
Les deux dispositifs se complètent souvent : une holding peut à la fois détenir un compte courant d'associé dans sa filiale et animer une convention de trésorerie entre plusieurs filiales. Mais leurs régimes diffèrent, notamment sur la déductibilité des intérêts et le formalisme applicable.
Dans la centralisation physique, dite Zero Balance Account, les soldes des comptes des filiales sont réellement transférés chaque jour (ou chaque semaine) vers le compte pivot de la centralisatrice : les comptes des filiales sont remis à zéro, la trésorerie du groupe est physiquement concentrée. C'est la formule la plus efficace pour compenser excédents et besoins, mais elle génère de nombreux flux à comptabiliser et suppose des conventions bancaires adaptées.
Dans la centralisation notionnelle, aucun fonds ne circule : la banque fusionne fictivement les soldes pour calculer les agios sur la position nette du groupe. Chaque société conserve sa trésorerie, mais le groupe bénéficie de la compensation des intérêts. Plus simple à administrer, cette formule est en revanche encadrée plus strictement par les banques et moins souple pour financer réellement une filiale en besoin.
Pour la plupart des groupes de PME, une centralisation simplifiée fonctionne très bien : des remontées d'excédents mensuelles vers la holding et des avances ponctuelles en sens inverse, le tout tracé dans les comptes courants et encadré par la convention.
Une convention de trésorerie conclue entre une société et son dirigeant, ou entre sociétés ayant des dirigeants ou associés communs, entre en principe dans le champ des conventions réglementées : autorisation préalable du conseil d'administration dans les SA (article L. 225-38 du Code de commerce), rapport spécial et approbation en assemblée dans les SARL (article L. 223-19). Deux tempéraments importants :
En pratique, faites signer la convention par les représentants légaux de toutes les sociétés participantes, datez-la précisément et conservez les avenants à chaque entrée ou sortie du périmètre.
Ce plan constitue une trame de travail : chaque groupe l'adapte à sa situation (nombre de sociétés, sens habituel des flux, présence d'une intégration fiscale). L'essentiel est que la convention décrive fidèlement ce qui se passe réellement : une convention type jamais appliquée protège moins qu'une convention simple respectée à la lettre.
Chez la société emprunteuse, la déductibilité des intérêts versés à une société liée obéit à une double référence :
Côté société prêteuse, le sujet est inverse : un taux trop bas, ou une absence d'intérêts, peut caractériser un acte anormal de gestion et conduire l'administration à réintégrer dans son résultat les intérêts qu'elle aurait dû percevoir. La zone de confort se situe donc autour du taux de référence fiscal, appliqué de manière cohérente et documentée.
Le groupe Dupont se compose d'une holding H et de deux filiales détenues à 100 % : F1 (excédentaire) et F2 (en besoin). La convention prévoit une centralisation mensuelle au taux de référence fiscal, supposé de 4 % l'an.
Comptablement, chaque flux transite par les comptes 451, les intérêts sont enregistrés en 768 chez le prêteur et 668 chez l'emprunteur, et un état des positions est annexé à chaque arrêté. Fiscalement, les taux étant alignés sur la référence de l'article 39, 1-3°, la déductibilité est sécurisée sans dossier de preuve particulier.
Dans un groupe intégré fiscalement (article 223 A du CGI), la convention de trésorerie coexiste avec la convention d'intégration fiscale, qui répartit la charge d'impôt entre les sociétés du groupe. Ce sont deux documents distincts aux objets différents : l'un organise les flux de trésorerie, l'autre la contribution de chacun à l'impôt d'ensemble. Les groupes qui fusionnent les deux sujets dans un document unique créent souvent des ambiguïtés ; mieux vaut deux conventions claires, cohérentes entre elles.
C'est dans la tempête que la convention révèle sa valeur, ou son absence. Si une société participante entre en procédure collective, plusieurs mécanismes se déclenchent :
D'où trois réflexes de prudence : plafonner les avances à la capacité réelle de remboursement de chaque société, suspendre les remontées dès qu'une filiale montre des signes de tension, et documenter chaque décision de trésorerie significative. La convention n'est pas un simple document fiscal : c'est une pièce de gouvernance du groupe.
Sept questions, dix minutes de vérification annuelle : c'est le prix d'une centralisation de trésorerie sereine.
Mettons des ordres de grandeur sur l'intérêt économique du dispositif. Prenons un groupe où une filiale utilise en moyenne 60 000 € de découvert à 9 % (agios et commissions comprises) pendant que sa société sœur laisse dormir 100 000 € rémunérés à 1 %. Coût annuel de cette dispersion : environ 5 400 € d'agios d'un côté, contre 1 000 € de produits de l'autre. En centralisant via une convention au taux de référence de 4 %, la filiale emprunteuse paie 2 400 € au groupe au lieu de 5 400 € à la banque, et la société prêteuse en perçoit 2 400 € au lieu de 1 000 €. Gain net consolidé : environ 4 400 € par an, pour un coût de mise en place limité à la rédaction de la convention et à quelques écritures comptables supplémentaires. Plus le groupe compte de sociétés et plus les positions sont contrastées, plus l'économie grossit : sur un groupe de cinq sociétés, elle se chiffre couramment en dizaines de milliers d'euros, sans compter le pouvoir de négociation bancaire que donne une trésorerie consolidée présentée en un seul bloc.
À l'inverse, chiffrons le risque de l'absence de convention : sur trois exercices contrôlés, des avances non rémunérées de 100 000 € en moyenne exposent la société prêteuse à une réintégration d'intérêts théoriques d'environ 12 000 €, majorée des intérêts de retard, sans compter le débat sur l'acte anormal de gestion. Le rapport coût/bénéfice du document est rarement aussi évident en gestion.
La convention de trésorerie est le socle juridique de toute circulation d'argent entre sociétés d'un groupe. Elle s'appuie sur l'exception au monopole bancaire de l'article L. 511-7 du Code monétaire et financier, exige un lien de contrôle effectif entre les sociétés, un taux d'intérêt de marché documenté et un suivi comptable rigoureux des comptes courants. Bien construite, elle transforme la trésorerie du groupe en ressource collective ; négligée, elle expose à des redressements fiscaux et à des risques de responsabilité. Le jeu en vaut largement la chandelle : quelques pages bien rédigées économisent des frais financiers substantiels chaque année.
Rédiger une convention de trésorerie adaptée à votre groupe suppose d'articuler droit des sociétés, fiscalité et organisation comptable. Les équipes de JUM Advisory analysent vos flux intragroupes, sécurisent le dispositif et assurent le suivi comptable des comptes courants et des intérêts. Contactez-nous pour faire le point sur votre organisation.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Pour toute décision relative à la gestion ou à la fiscalité de votre entreprise, nous vous recommandons de consulter un professionnel qualifié.